En se lançant dans l’intelligence artificielle générative fin 2023, Elon Musk assurait pouvoir détrôner OpenAI, alors leader incontesté du marché. Désormais le milliardaire reconnaît que xAI rivalise uniquement sur le papier avec le concepteur de ChatGPT. Sa start-up dispose “d’une toute petite part de marché”, a-t-il reconnu fin avril à la barre du tribunal d’Oakland, lors du procès intenté – et perdu – contre Sam Altman, le patron de son concurrent. Un constat illustré par les données financières rendues publiques la semaine dernière dans le cadre de l’introduction en Bourse de SpaceX.
Officiellement intégrée à la société spatiale à la suite d’une improbable fusion menée en février, xAI a réalisé un chiffre d’affaires de 3,2 milliards de dollars en 2025. Mais la majorité de cette somme provient de X, l’ex-Twitter qu’Elon Musk avait racheté fin 2022 avant de revendre à sa société d’IA deux ans et demi plus tard. Le réseau social a généré 1,8 milliard de recettes publicitaires, un chiffre en hausse par rapport à l’année précédente mais largement inférieur au niveau d’avant acquisition. S’y ajoutent les revenus générés par les 4,4 millions d’abonnés premium.
Faibles revenus…
Si SpaceX ne publie pas le chiffre d’affaires de Grok, son chatbot d’IA, il est cependant possible de l’estimer. D’un côté, la société indique compter 1,9 million de clients à ses offres payantes. De l’autre, elle évoque un abonnement moyen de 12 dollars par mois, compte tenu des tarifs plus faibles pratiqués dans certains pays. Cela représente des revenus annualisés d’environ 270 millions, moitié moins que l’objectif fixé, selon Bloomberg, par Elon Musk. À titre de comparaison, OpenAI revendiquait en avril un chiffre d’affaires annualisé de 24 milliards, et Anthropic de 30 milliards.
Cette estimation reste imparfaite – elle ne tient pas compte des revenus générés par les API, (interfaces de programmation), ni de la part des abonnés premium de X ayant souscrit pour accéder à certaines fonctionnalités de Grok. Elle démontre toutefois que la start-up est très loin des ambitions de son fondateur, qui a notamment investi plusieurs dizaines de milliards de dollars pour bâtir deux supercalculateurs, baptisés Colossus, destinés à accompagner la croissance attendue de l’usage de Grok. Des capacités aujourd’hui sous-utilisées, que SpaceX va désormais louer à Anthropic.
… et lourdes pertes
L’écart entre investissements et recettes se reflète dans les résultats financiers. L’an passé, xAI a accusé une perte opérationnelle de 6,4 milliards de dollars. Le déficit directement lié à l’IA est probablement supérieur, car X affichait en 2024 un résultat opérationnel positif, d’après le Wall Street Journal. La société a notamment dépensé plus de 5 milliards de dollars en recherche en développement, une enveloppe multipliée par plus de quatre en un an, correspondant pour l’essentiel à l’achat de cartes graphiques pour ses data centers, amorties sur plusieurs années.
Ces derniers mois, la start-up a également enregistré une vague de départs, notamment parmi ses cofondateurs. “xAI n’a pas été conçue correctement dès le départ”, justifiait en mars Elon Musk, expliquant avoir lancé une “reconstruction complète depuis les fondations”. Le milliardaire souhaite notamment accélérer sur les outils de génération de code, nouveau champ de bataille du secteur. Très en retard, SpaceX a annoncé début mai un accord pour le rachat Cursor, une start-up spécialisée dans le domaine, pour 60 milliards de dollars. Mais c’est peut-être déjà trop peu, trop tard.
Pour aller plus loin:
– SpaceX va entrer en Bourse pour financer ses data centers spatiaux
– Terafab, le projet (irréalisable ?) d’Elon Musk pour produire ses propres puces d’IA

