Par , publié le 27 mai 2026

Jusqu’ici interdits, les remix de chansons générés par intelligence artificielle arrivent par la grande porte sur Spotify. La semaine dernière, la plateforme suédoise de streaming musical a officialisé un partenariat avec Universal Music, permettant à ses utilisateurs de créer des morceaux à partir du catalogue de la major. Une première offre “légale” qui rémunérera les artistes et les compositeurs, a-t-elle souligné lors d’une journée de présentation dédiée aux investisseurs, se distinguant immédiatement des services proposés par les start-up américaines Udio et Suno.

Cette fonctionnalité sera proposée en supplément des abonnements, mais tous les utilisateurs pourront écouter les titres générés par l’IA. Ni le prix ni la date de lancement n’ont été communiqués. Les artistes représentés par Universal, comme Taylor Swift, Drake, Adele, Elton John ou encore U2, devront donner leur consentement pour que leurs chansons puissent être remixées. Si les modalités de rémunération n’ont pas été précisées, il est probable qu’elles s’alignent sur la grille actuelle de royalties. Spotify indique ne pas concevoir sa propre IA, mais s’appuyer sur des modèles externes.

39% des chansons générées par l’IA

L’essor de l’IA générative a d’abord été perçu comme une menace par l’industrie du disque. Les plateformes de streaming sont désormais inondées d’innombrables chansons créées avec Suno, Udio et autres outils capables de reproduire des voix, d’écrire des paroles et de composer des mélodies. Sur Deezer, par exemple, elles représentaient en janvier 39% des nouveaux morceaux ajoutés au catalogue, contre seulement 10% début 2025. Elles captaient également une part croissante de l’audience: 3% du temps d’écoute, contre seulement 0,5% six mois plus tôt, indiquait la plateforme française.

Le danger est avant tout financier. Ces chansons, générées en quelques minutes à partir d’un simple prompt, pourraient concurrencer celles interprétées par de véritables artistes. Et ainsi réduire le montant des royalties qu’ils perçoivent via les services de streaming. Le premier réflexe des maisons de disques a été de saisir la justice. Mais leurs plaintes se heurtent à un vide juridique. Les majors ont donc revu leur stratégie: elles ne cherchent plus à lutter contre une évolution qui apparaît inéluctable, mais à l’accompagner afin d’en capter une grande partie de la valeur.

Vers une offre dédiée aux “superfans” ?

L’an passé, Universal et Warner Music ont ainsi noué des accords avec la start-up Udio – les négociations sont en revanche plus difficiles avec Suno. L’arrangement trouvé avec Spotify est similaire. Il remplit deux objectifs. D’une part, il permet aux artistes et aux maisons de disque de dégager des revenus additionnels, alors qu’ils ne perçoivent rien lorsqu’une IA s’inspire de leurs titres. D’autre part, il érige des écosystèmes fermés: les chansons ne pourront pas être téléchargées, et donc publiées sur d’autres plateformes pour engranger des royalties au détriment des ayants droit.

Cet accord permet à Spotify non seulement d’accompagner l’essor de l’IA dans la musique, évitant de voir émerger de nouveaux rivaux, mais aussi d’en tirer profit. Le leader du streaming, qui vise un milliard d’auditeurs en 2030 contre 761 millions aujourd’hui, espère ouvrir un nouveau relais de croissance, afin d’augmenter le revenu moyen par utilisateur en complément des multiples hausses de prix menées depuis trois ans. Il s’agit également d’un premier pas dans la direction d’une offre “super premium”, dédiée aux “superfans”, promise de longue date mais toujours pas lancée.

Pour aller plus loin:
– Spotify améliore son offre gratuite, au risque de perdre des abonnés payants ?
– Seize ans après son lancement, Spotify affiche ses premiers profits annuels


No Comments Yet

Comments are closed

Contactez-nous  –  Politique de confidentialité