Par , publié le 2 juin 2026

C’est un véritable coup dur pour le projet Leo d’Amazon. Certes, les 48 satellites destinés à rejoindre sa future constellation d’accès à Internet n’étaient pas encore présents dans la fusée New Glenn de Blue Origin qui a explosé jeudi dernier. Mais l’incident va priver, pour de longs mois, le géant de commerce en ligne des services de la start-up lancé par son fondateur Jeff Bezos, alors que la cadence des lancements pour son compte devait enfin s’accélérer. Cela pourrait aussi avoir des répercussions sur les vols prévus avec la fusée Vulcan d’United Launch Alliance, qui utilise les mêmes moteurs.

Ce coup du sort intervient au moment même où le projet, initié en 2019, semblait enfin sur les bons rails. Après de multiples retards, plus de 330 satellites ont été placés en orbite au cours des treize derniers mois. Et l’entreprise prévoyait d’atteindre, dès cet automne, le seuil de 578 appareils nécessaire au lancement commercial de son service. Ce calendrier apparaît désormais très incertain, voire intenable, menaçant d’accentuer encore l’avance de la constellation Starlink de SpaceX, opérationnelle depuis 2021 et qui compte désormais plus de dix millions d’abonnés.

Un tiers de la constellation

L’incident est intervenu à Cap Canaveral en Floride, lors d’une phase de tests en amont d’un lancement prévu cette semaine. Les causes de l’explosion restent encore inconnues. Le principal contretemps ne devrait toutefois pas être tant lié à la résolution du problème, potentiellement associé aux moteurs conçus en interne, qu’à l’indisponibilité du pas de tir, le seul dont dispose Blue Origin. Plusieurs mois seront nécessaires pour le remettre en service. En 2016, il avait fallu plus d’un an à SpaceX pour réparer ses installations après l’explosion d’une fusée Falcon 9.

La mission devait être la première à déployer des satellites du projet Leo depuis New Glenn. Plusieurs vols supplémentaires étaient prévus ces prochains mois, sans nombre ni calendrier précis. En tout, 24 lancements ont été commandés par Amazon, pour un total de 1.152 satellites, soit un tiers de la taille initiale de sa constellation. Pour ne rien arranger, les fusées Vulcan d’ULA, coentreprise entre Boeing et Lockheed Martin, sont clouées au sol à la suite d’une anomalie constatée en février. Douze missions, transportant chacune 40 satellites, sont pour l’instant programmées cette année.

Plus de contretemps possible

La reprise des vols pourrait désormais être repoussée si l’explosion de jeudi s’avérait bien liée aux moteurs de Blue Origin, qui propulsent le premier étage de Vulcan. Autrement dit, le projet Leo pourrait être privé de deux de ses quatre lanceurs pour plusieurs mois. Amazon ne pourrait alors plus compter que sur les deux missions prévues d’ici à la fin de l’année sur Ariane 6 et sur les dix lancements programmés sur Falcon 9. Cela représenterait un total de 312 satellites, tout juste suffisant pour la mise en service de Leo, à condition qu’aucun contretemps supplémentaire ne survienne.

Lancé sous le nom de Kuiper, le projet vise à déployer 3.200 satellites sur une orbite basse. L’entreprise s’est engagée à en lancer la moitié avant juillet, un délai qu’elle ne tiendra pas, puis l’intégralité avant 2029. Ensuite, elle espère ajouter 4.500 appareils supplémentaires. Sa constellation doit connecter à Internet haut débit les régions qui ne le sont pas encore, notamment celles qui sont trop isolées pour rentabiliser la construction d’une infrastructure terrestre. Mais Leo pourrait également, à l’instar de Starlink, concurrencer la fibre optique dans les zones déjà couvertes.

Nombreux retards

Depuis ses débuts, le projet Leo a accumulé les retards. Les premiers satellites expérimentaux n’ont été lancés que fin 2023, un an après la date initialement prévue. À l’époque, Amazon annonçait vouloir déployer les premiers appareils opérationnels l’année suivante, un calendrier qui n’a pas été respecté. Le groupe de Seattle ne manque pourtant pas de moyens: au départ, il prévoyait de dépenser “au moins” dix milliards de dollars dans le programme. À terme, la facture pourrait même être deux fois plus élevée, prédisait l’an dernier le cabinet Quilty Space.

Les difficultés d’Amazon ont d’abord été industrielles, notamment parce que ses dirigeants ont fait le choix de ne pas sous-traiter la production. Il y a un an, son usine ne fabriquait qu’environ un satellite par jour, cinq fois moins que le rythme de production espéré, rapportait Bloomberg. Autre handicap: contrairement à SpaceX, la société ne dispose pas de ses propres lanceurs pour déployer ses satellites. Elle a longtemps été dépendante des avancées technologiques de ses partenaires. Elle reste aujourd’hui tributaire de leur calendrier de lancement.

Pour aller plus loin:
– Pourquoi Amazon rachète l’opérateur de satellites Globalstar
– Starlink se rapproche de son objectif… et vise le marché du mobile


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