Par , publié le 3 juin 2026

Jamais Google n’avait eu recours à une telle opération. Pour la première fois depuis son introduction en Bourse en 2004, le moteur de recherche – intégré depuis 2013 au sein de de sa maison mère Alphabet – s’apprête à vendre des actions sur les marchés. Cette augmentation de capital, d’un montant de 80 milliards de dollars, doit financer ses investissements colossaux dans l’intelligence artificielle générative. Elle illustre aussi l’ampleur des besoins en capitaux des géants technologiques américains, désormais bien supérieurs à leurs capacités actuelles d’autofinancement.

Flux de trésorerie négatifs

Depuis trois ans, les investissements de Google ont été multipliés par six. Le groupe de Mountain View cherche à accroître massivement ses capacités de calcul afin de répondre à la fois aux besoins de ses propres modèles d’IA, comme Gemini, et à ceux des clients de sa plateforme de cloud. Cette année, ses dépenses en capital (capex) devraient doubler pour atteindre entre 180 et 190 milliards de dollars, contre seulement 32 milliards en 2023. Et elles devraient encore augmenter “significativement” l’an prochain, a prévenu en avril la directrice financière d’Alphabet.

Le niveau de ces investissements est tel que Google pourrait afficher des flux de trésorerie négatifs en 2026, une première depuis son arrivée à Wall Street. Autrement dit, ses capex pourraient être supérieurs aux liquidités générées par l’ensemble de ses activités. Pour poursuivre sur cette trajectoire, la société doit donc trouver de nouvelles sources de financement. Outre sa future augmentation de capital, elle a déjà procédé, au cours des douze derniers mois, à plusieurs émissions obligataires libellées dans six devises différentes, pour un montant total de 85 milliards de dollars.

Amortissement sous-estimé ?

Google n’est pas un cas isolé. Amazon, Meta et Microsoft devraient investir 500 milliards cette année. Tous mettent en avant le potentiel considérable de l’intelligence artificielle générative. Face à la concurrence, le principal risque n’est pas de “mal dépenser quelques centaines de milliards”, estime Mark Zuckerberg, mais “d’avancer trop lentement”. Dans cette optique, il faut bâtir l’infrastructure informatique la plus vaste possible, capable d’accompagner l’explosion attendue des usages, notamment l’essor des agents d’IA, appelés à automatiser un nombre croissant de tâches en entreprise.

Aucun de ces groupes ne risque une implosion financière. Les interrogations portent sur le niveau de revenus que l’IA permettra réellement de générer. D’autant que les cartes graphiques ont une durée de vie limitée, à mesure que des modèles plus performants arrivent sur le marché. Se pose alors la question de l’amortissement – un principe comptable qui permet d’étaler les investissements dans le temps. L’investisseur Michael Burry accuse ces sociétés de les sous-estimer. Une pratique qui permettrait de limiter artificiellement – et surtout provisoirement – l’impact des capex sur les profits.

Pour aller plus loin:
– L’amortissement des puces d’IA, une bombe à retardement ?
– Quand Nvidia se défend d’être le nouvel Enron


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