Après s’être longtemps reposé sur son partenariat avec OpenAI, Microsoft veut désormais afficher ses progrès dans l’intelligence artificielle générative. Mardi, en ouverture de sa conférence annuelle Build, le géant de Redmond a ainsi dévoilé pas moins de sept nouveaux modèles développés en interne par une division créée en novembre. Des modèles “de classe mondiale”, selon Mustafa Suleyman, le patron de l’IA chez Microsoft, dont les performances se rapprochent de celles des références du marché. Associés aux puces maison, ils permettraient aussi de réduire les coûts d’inférence.
Modèle de raisonnement
Dans cette gamme, deux modèles occupent une place particulièrement stratégique pour le groupe. Le premier, MAI Thinking, est un modèle de raisonnement capable d’exécuter des tâches plus complexes. Il représente une vitrine technologique pour démontrer le savoir-faire de ses équipes. Le second, MAI Code, est dédié à la programmation informatique, nouveau champ de bataille entre OpenAI, Anthropic et plus récemment Google. Les autres modèles couvrent la génération d’images et de voix, ainsi que la transcription – ce dernier étant “le meilleur au monde” selon Mustafa Suleyman.
Ces modèles ne sont pas directement accessibles au plus grand nombre. Leur vocation première est d’être intégrés à l’offre Foundry, qui permet aux clients de la plateforme de cloud Azure d’utiliser différents modèles d’IA, dont ceux d’OpenAI et d’Anthropic. Microsoft souhaite les positionner comme des alternatives performantes mais moins coûteuses, dans un contexte d’explosion des dépenses liées à l’IA pour les entreprises. Une partie de ces modèles sera déployée dans les outils bureautiques du groupe. À terme, ils alimenteront aussi la future “super app” Copilot, attendue cet été.
Plan B
Pendant longtemps, Microsoft n’a pas cherché à concevoir ses propres modèles d’IA générative, s’appuyant sur un contrat d’exclusivité conclu avec OpenAI en 2019, en échange d’un investissement d’un milliard de dollars. L’entreprise était alors le seul acteur du cloud à proposer les services du créateur de ChatGPT, un avantage concurrentiel majeur face aux plateformes d’Amazon et Google. Sa stratégie a commencé à évoluer fin 2023, après la tentative avortée d’éviction de Sam Altman, le patron d’OpenAI. Un épisode qui a mis en lumière une relation de dépendance dès lors jugée trop risquée.
Dans la foulée, Microsoft a activé un plan B, en procédant à l’acquisition déguisée d’Inflection AI pour 650 millions de dollars. Une opération alors atypique, copiée depuis par ses rivaux, qui visait surtout à débaucher les ingénieurs et chercheurs de la start-up. Et également son patron, Mustafa Suleyman, une pointure de l’IA connue pour avoir cofondé DeepMind, le très réputé laboratoire britannique racheté par Google. Il est alors nommé à la tête d’une nouvelle division dédiée à l’IA, notamment à l’assistant Copilot. Les travaux sur les modèles ont débuté l’année suivante.
Rattraper OpenAI, Anthropic et Google
Depuis septembre, Microsoft a désormais les mains totalement libres. Avant de renégocier le pacte commercial qui le liait à OpenAI, l’entreprise n’avait en effet pas le droit de développer des modèles de pointe pouvant la rapprocher d’une “super intelligence”. Un “moment décisif”, explique Mustafa Suleyman, interrogé par The Verge. Selon lui, Microsoft AI peut maintenant “entraîner des modèles à plus grande échelle avec [sa] propre propriété intellectuelle, [ses] propres données et sans distillation” – une technique permettant de s’appuyer sur des modèles déjà entraînés.
Reste la question du retard pris sur OpenAI, Anthropic et Google. Si l’éditeur de Windows “ne fait pas encore faire partie des laboratoires qui comptent”, Mustafa Suleyman estime que l’écart peut être comblé. “Nous avons les ressources pour y arriver”, explique-t-il à Semafor. Il souligne également qu’en seulement six mois, ses équipes ont conçu des modèles “au coude-à-coude avec ce qui constituait encore, il y a quelques mois, l’état de l’art du secteur”. Le défi pourrait toutefois s’avérer plus complexe sur le plan commercial, notamment en raison d’un retard persistant dans les agents autonomes.
Pour aller plus loin:
– Face à Anthropic, OpenAI s’affranchit des clauses d’exclusivité avec Microsoft
– Déjà présents dans OpenAI, Nvidia et Microsoft investissent aussi dans Anthropic

