Ne l’appelez plus Siri, mais Siri AI. Lundi soir, en ouverture de la WWDC, sa conférence annuelle pour les développeurs, Apple a dévoilé une nouvelle version de son assistant vocal, censée le faire (enfin) entrer dans l’ère de l’intelligence artificielle générative. Une démonstration sans éclats, loin des promesses faites il y a deux ans mais jamais concrétisées. “Siri est désormais un assistant beaucoup plus performant, qui vous aide à trouver ce dont vous avez besoin et à accomplir davantage de tâches”, assure Mike Rockwell, nommé l’an passé à la tête du projet, alors à la dérive.
Sans être révolutionnaire, ce nouveau Siri constitue néanmoins une étape importante pour Apple, questionné depuis deux ans sur sa capacité à s’adapter à l’essor de l’IA générative. L’assistant devrait être davantage mis en avant en septembre, lors de la présentation des prochains iPhone. Il n’est toutefois pas encore certain qu’il soit disponible dès leur sortie. Il pourrait n’être déployé que lors d’une mise à jour d’ici la fin de l’année. En revanche, Siri AI ne sera pas lancé immédiatement en Europe ni en Chine, en raison, selon Apple, des réglementations locales.
Convaincre les utilisateurs
Par rapport à son prédécesseur, pionnier des assistants vocaux, le nouveau Siri propose une véritable interface conversationnelle, popularisée par ChatGPT et les autres chatbots. Il repose principalement sur des modèles maison, dérivés de Gemini, l’IA de Google. L’assistant est capable de rechercher des informations pertinentes ou d’exécuter des actions directement dans d’autres applications, comme les messages ou les e-mails. Deux fonctionnalités qui semblent, pour l’heure, limitées aux services d’Apple. Il peut également analyser ce qui est affiché à l’écran.
Reste à savoir si les utilisateurs d’iPhone suivront. Après des débuts en fanfare, Siri est rapidement tombé en désuétude, une tendance encore renforcée par les progrès récents de l’IA. De nouveaux usages se sont installés, portés par des applications désormais ancrées dans le quotidien. Apple peut toutefois s’appuyer sur deux atouts majeurs. D’une part, Siri reste facilement accessible, par commande vocale ou via un bouton physique. D’autre part, son intégration au niveau du système d’exploitation doit lui permettre, sur le papier, d’offrir des fonctionnalités beaucoup plus avancées.
Pas encore un enjeu commercial
Annoncé en grande pompe il y a deux ans, la refonte de Siri est devenue le symbole du retard d’Apple dans l’IA. Son lancement a été repoussé à de nombreuses reprises, provoquant une réorganisation interne, marquée notamment par le départ du responsable de l’IA, John Giannandrea. Le groupe à la pomme a également été contraint d’opérer un virage stratégique majeur: en janvier, il s’est associé à Google pour gérer les tâches les plus complexes, plutôt que de s’appuyer sur des modèles entièrement développés en interne et capables de tourner en local, c’est-à dire sans connexion à Internet.
L’enjeu est avant tout symbolique: il s’agit davantage de redorer son image de marque que de répondre à une urgence commerciale. Pour l’heure, les fonctions d’IA ne constituent en effet pas un critère déterminant dans les décisions d’achat des consommateurs – les ventes d’iPhone sont d’ailleurs en progression. Mais la donne pourrait évoluer avec l’arrivée d’appareils spécifiquement conçus pour l’IA. Le groupe n’a donc pas renoncé à développer ses propres modèles, susceptibles de remplacer un jour Gemini, afin de contrôler à la fois le matériel et le logiciel de ces nouveaux terminaux.
Pour aller plus loin:
– Comment Apple a raté le virage de l’IA générative
– Pourquoi Apple ne souffre pas (encore ?) de son retard dans l’IA

