Bis repetita. Comme il y a deux ans, les utilisateurs européens d’iPhone n’auront pas immédiatement accès aux dernières fonctionnalités d’intelligence artificielle générative. Lundi, Apple a confirmé que le lancement de la refonte de Siri, baptisée Siri AI, serait repoussé sur le continent. Raison invoquée: le Digital Markets Act, une réglementation qui vise à renforcer la concurrence dans le numérique. “Les régulateurs européens n’ont accepté aucune de nos propositions”, explique le groupe de Cupertino, qui met en avant des risques liés à la sécurité et à la protection de la vie privée.
En 2024, Apple avait déjà reporté le déploiement d’Apple Intelligence, une première série d’outils d’IA permettant de rédiger un e-mail ou de retoucher une photo. Ceux-ci avaient finalement été lancés, sans modification majeure, quelques mois plus tard, en même temps que la disponibilité du service en français, allemand, espagnol ou encore italien, les principales langues du continent. Une coïncidence qui laissait penser davantage à une opération de communication destinée à prendre à témoin l’opinion publique européenne contre ce texte que la société n’a cessé de sévèrement critiquer.
“Interprétation extrême du DMA”
Contrairement à Apple Intelligence, qui ne semblait contrevenir à aucune disposition du DMA, Siri AI pourrait se heurter à une obligation de traitement équitable. Le texte pourrait en effet impliquer de donner les mêmes accès au système d’exploitation à ChatGPT ou Gemini, afin de ne pas conférer d’avantage concurrentiel à Siri. Pour justifier le report, Apple évoque une “interprétation extrême du DMA” par Bruxelles, qui “donnerait à tout assistant virtuel un accès direct aux données privées des utilisateurs – ainsi que la capacité de contrôler directement les autres applications”.
Selon la société américaine, des discussions avec la Commission européenne ont été menées ces derniers mois. Elle affirme avoir proposé une solution transitoire visant à limiter les risques qu’un service d’IA ne compromette la sécurité. Celle-ci reposait sur un système d’agents “de confiance”, qui aurait permis aux autres assistants de proposer de “manière sécurisée” les mêmes fonctionnalités que Siri. Une période transitoire de 18 mois aurait alors été mise en place pour déployer “progressivement” cette alternative. Mais Apple explique s’être heurté à un refus catégorique de Bruxelles.
500 millions d’euros d’amende
Ce nouvel épisode intervient dans un contexte particulièrement tendu. En septembre, le groupe à la pomme a réclamé l’abrogation du DMA, officiellement entrée en vigueur il y a deux ans. Il critique des règles dont l’interprétation évolue sans cesse. Il regrette de devoir partager “gratuitement” ses technologies avec ses rivaux. Et il affirme que ses utilisateurs sont exposés à des risques supplémentaires. En coulisses, Apple milite, aux côtés d’autres acteurs, pour que l’application de la législation ne relève plus de la Commission, mais d’un organisme indépendant jugé plus impartial.
Si la société se présente en grand défenseur de ses utilisateurs, elle cherche avant tout à préserver ses profits. Depuis le départ, elle n’a jamais cherché à respecter le DMA, mais simplement à s’engouffrer dans ses failles. Plusieurs procédures sont ainsi en cours. Apple a déjà été condamné à une amende de 500 millions d’euros sur le steering. Des sanctions plus lourdes pourraient lui être infligées pour ne pas avoir mis en œuvre les changements exigés par Bruxelles, en attendant une éventuelle condamnation pour la nouvelle structure de commissions imposée aux boutiques tierces d’applications.
Pour aller plus loin:
– Apple modifie ses pratiques en Europe… mais ne respecte toujours pas le DMA
– En conflit ouvert avec Bruxelles, Apple réclame l’abrogation du DMA

