AOL, Evernote, Vimeo, Meetup… Avalées ces dernières années par Bending Spoons, ces anciennes gloires du Web se dirigent vers Wall Street. Lundi, leur maison mère a lancé son processus d’introduction en Bourse auprès des autorités américaines, ouvrant la voie à une opération au cours de l’été. Le groupe italien vise une valorisation de 20 milliards de dollars, contre 11 milliards lors de sa dernière levée de fonds fin 2025. Selon son directeur général, Luca Ferrari, la “quasi-totalité” des capitaux récoltés servira à financer de nouveaux rachats “pendant encore de nombreuses années”.
Cette introduction en Bourse vient consacrer un modèle de développement atypique. Lancée en 2013 avec 40.000 euros en poche, l’entreprise s’est bâtie à coups d’acquisitions successives – une cinquantaine au total –, accompagnés d’importants plans sociaux. Plutôt que de concevoir elle-même des services, elle préfère mettre la main sur des produits qui ont déjà trouvé leur public, mais dont elle estime que le potentiel commercial, via des offres payantes, reste encore sous-exploité. Pour financer cette stratégie expansionniste, elle n’a pas hésité à recourir massivement à l’endettement.
Accélération depuis 2023
Si la majorité des rachats a eu lieu avant 2023, Bending Spoons a changé de braquet depuis. Profitant d’une chute des valorisations et des difficultés pour les entreprises non rentables à lever des fonds, le groupe milanais s’est positionné sur des cibles de plus en plus importantes: l’application de prise de notes Evernote, la plateforme d’événements Meetup, le développeur d’applications mobiles Mosaic, le spécialiste des événements virtuels Hopin, le service de partage de fichiers WeTransfer ou encore les solutions de streaming Brightcove.
L’an passé, cette montée en puissance s’est encore accentuée. En septembre, Bending Spoons a déboursé 1,4 milliard de dollars pour racheter la plateforme de vidéos Vimeo. Puis, à peine un mois plus tard, un montant similaire pour l’ancien fournisseur d’accès AOL, s’emparant de ses services LifeLock (protection contre le vol d’identité), LastPass (gestion des mots de passe) et McAfee (antivirus). Fin 2025, la société a également signé un chèque de 500 millions pour la plateforme d’événements Eventbrite. Des opérations financées par un emprunt massif de 2,8 milliards.
Que le début ?
Pour rentabiliser ses acquisitions, le groupe ne fait pas dans la demi-mesure. À chaque fois, les licenciements sont massifs: quasiment tous les employés d’Evernote, 75% des salariés de WeTransfer, environ deux tiers des effectifs de Brightcove… Luca Ferrari assume ces coupes drastiques, qu’il justifie par la volonté de recentrer les opérations dans les bureaux milanais et de tirer parti de synergies avec les technologies, notamment d’IA, développées en interne. Parallèlement, Bending Spoons restreint souvent les fonctionnalités gratuites, tout en augmentant le prix des abonnements.
Face aux critiques, son patron rétorque que ces services, autrefois en difficulté, sont désormais rentables. En 2025, Bending Spoons a ainsi dégagé un bénéfice opérationnel de 277 millions de dollars, amputé de moitié par 142 millions d’intérêts sur sa dette. Le chiffre d’affaires, lui, double tous les ans. Il a atteint 1,3 milliard l’an passé. Et 600 millions au premier trimestre 2026. Mais la croissance organique, hors acquisitions, reste très faible. “Nous n’en sommes encore qu’au début”, promet Luca Ferrari, qui estime à un millier le nombre d’entreprises encore susceptibles d’être rachetées.

