Par , publié le 11 juin 2026

Derrière l’accueil en fanfare se profile peut-être une véritable révolution commerciale sur le marché de l’intelligence artificielle générative. Mardi, Anthropic a lancé une version publique, et bridée, de son modèle Mythos, dont l’accès était jusqu’ici restreint pour des raisons de sécurité. Au-delà des benchmarks, qui lui attribuent des performances nettement supérieures à celles de ses concurrents, ce lancement s’accompagne d’un changement de facturation: à partir du 23 juin, son utilisation ne sera plus incluse dans les offres payantes, y compris celle à 200 dollars par mois.

Le modèle, baptisé Fable 5, sera alors accompagné d’une facturation à l’usage, s’ajoutant à l’abonnement mensuel et fondée sur la consommation réelle de tokens – ces unités de données textuelles qui servent à mesurer l’utilisation des modèles d’IA. Fini donc le forfait à prix fixe pour un usage uniquement encadré par des quotas. La facture pourrait s’avérer bien plus salée, d’autant que les tarifs affichés sont particulièrement élevés: 50 dollars pour un million de tokens, contre 25 dollars pour le précédent modèle le plus puissant d’Anthropic et 30 dollars pour GPT-5.5 d’OpenAI.

Un changement seulement temporaire ?

Ce mode de tarification n’est pas nouveau. Il est déjà en vigueur pour les API, ces interfaces de programmation qui permettent d’intégrer des modèles d’IA dans des applications ou des processus métier. En avril, l’entreprise avait également basculé les clients de son offre destinée aux grandes entreprises vers ce système. C’est en revanche la première fois qu’il est étendu à l’ensemble des utilisateurs de ses modèles Claude. Anthropic suit la voie ouverte par GitHub, la plateforme dédiée aux développeurs détenue par Microsoft, qui a adopté un mécanisme similaire pour son outil de code Copilot.

La société assure que ce changement ne pourrait être que temporaire, affirmant “compter” réintégrer Fable 5 dans les abonnements “le plus tôt possible”, sans toutefois s’y engager formellement. Le recours à la facturation à l’usage ne serait ainsi motivé que par des contraintes techniques: Anthropic ne dispose pas encore d’une puissance de calcul suffisante pour absorber une demande qui devrait à la fois être “très forte” et “difficile à prédire”. Longtemps en retard sur ce front, le groupe multiplie désormais les initiatives afin d’augmenter significativement ses capacités.

Essor de l’IA agentique

En attendant de voir si cette promesse est réellement tenue, la décision d’Anthropic constitue un pas supplémentaire vers un nouveau modèle économique de l’IA générative. Le problème est bien connu: le niveau élevé des coûts d’inférence, c’est-à-dire l’exécution des modèles d’IA pour générer du texte, des images ou du code. Il en résulte des marges faibles, parfois nettement négatives pour les plus gros utilisateurs, insuffisantes pour couvrir à la fois les dépenses liées à l’entraînement des modèles et les investissements dans les infrastructures informatiques.

Les principaux acteurs du secteur ont longtemps absorbé cette facture. Un choix autant qu’une nécessité pour démocratiser de nouveaux usages et atteindre une taille critique. Cette équation économique s’est toutefois encore dégradée avec l’essor des agents autonomes, capables de fonctionner en continu, en particulier dans le code informatique. Les outils d’IA ne se contentent plus de compléter ou de corriger le travail des développeurs. Ils peuvent désormais “exécuter de longues sessions de développement en plusieurs étapes”, soulignait GitHub pour justifier sa nouvelle politique tarifaire.

L’IA facturée comme l’électricité ?

Les pertes enregistrées sur une partie des abonnements se sont donc creusées de manière significative. Si aucune entreprise ne communique de chiffres précis, des captures d’écran publiées sur Reddit par des clients de GitHub Copilot donnent un ordre de grandeur. Celles-ci montrent que l’utilisation de l’outil leur aurait coûté plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de dollars par mois avec le nouveau système de facturation à l’usage. Des estimations similaires sont avancées pour les gros utilisateurs de Claude Code bénéficiant encore d’un accès via les formules payantes d’Anthropic.

Dans ces conditions, le modèle par abonnement devient difficilement tenable pour certains cas d’usage. Même OpenAI, pourtant particulièrement agressif pour rattraper son retard dans le code, a commencé à facturer les grandes entreprises à la consommation réelle pour son outil Codex. En mars, son patron Sam Altman ouvrait la voie à un nouveau modèle économique. Celui-ci ne consistera plus à commercialiser des offres payantes mais à “vendre des jetons”. À terme, estime-t-il, l’IA deviendra “un service public comparable à l’électricité ou à l’eau que les utilisateurs paieront au compteur”. 

Pour aller plus loin:
– Anthropic rentable pour la première fois… au prix de fortes restrictions d’usage
– Pour accélérer dans l’IA, SpaceX pose une option d’achat sur Cursor


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