1.000 milliards de dollars ou rien. Selon le New York Times, OpenAI penche pour un report de son introduction en Bourse à 2027, faute de pouvoir obtenir la valorisation espérée par Sam Altman. Le patron du concepteur de ChatGPT avait pourtant poussé ces derniers mois pour accélérer le calendrier, notamment afin de prendre de vitesse son grand rival Anthropic, qui pourrait faire son entrée à Wall Street dès la rentrée. Mais ses ambitions risquent de se heurter à la réalité économique de l’entreprise: des pertes toujours abyssales et une position concurrentielle fragilisée.
Un éventuel report offrirait davantage de temps à OpenAI pour démontrer la viabilité de son modèle économique, mis sous pression par des coûts d’infrastructure colossaux. Mais aussi pour prouver sa capacité à tirer profit des évolutions du marché, en particulier des outils de génération de code et des plateformes d’agents d’IA autonomes, à la fois face aux gains commerciaux d’Anthropic et à la montée en puissance des modèles open source chinois, dont la popularité progresse à mesure que les usages s’envolent et que la facture s’alourdit pour les entreprises clientes.
Faible enthousiasme des investisseurs
OpenAI a déposé confidentiellement son dossier d’introduction auprès des autorités boursières américaines début juin, une étape qui ouvrait la voie à une opération dès septembre. Certains dirigeants espéraient alors devancer Anthropic afin de capter en premier l’appétit des investisseurs de Wall Street pour les groupes d’intelligence artificielle générative. À l’inverse, la directrice financière, Sarah Friar, militait pour mener l’opération en 2027, rapportait en mai le Wall Street Journal, estimant que le groupe n’était pas prêt après avoir manqué plusieurs objectifs en début d’année.
Selon le New York Times, les banques d’affaires mandatées par OpenAI l’ont récemment averti d’un enthousiasme moins marqué qu’espéré des investisseurs particuliers pour son entrée en Bourse, notamment en raison des performances boursières de SpaceX, dont l’action a chuté d’un tiers après l’euphorie des premières séances. Elles ont donc conseillé à la start-up soit d’abaisser ses objectifs de valorisation, pour se rapprocher des 730 milliards de dollars de sa dernière levée de fonds – une éventualité catégoriquement refusée par Sam Altman –, soit de différer son introduction à 2027.
Des pertes sans précédent
Le principal handicap d’OpenAI reste ses performances financières. Certes, son chiffre d’affaires a plus que triplé en 2025, pour atteindre 13,1 milliards de dollars. Mais ses pertes opérationnelles sont sans précédent: 20,1 milliards l’an passé. La faute à 34 milliards de dollars de dépenses, dont 19 milliards consacrés à la recherche et au développement. Et à une marge brute qui, bien qu’en amélioration, demeure insuffisante pour absorber l’ensemble des autres coûts, notamment l’entraînement des modèles, mais aussi les dépenses commerciales et marketing, multipliées par cinq l’an passé.
OpenAI ne prévoit pas d’être rentable avant 2030. Pour limiter ses pertes, l’entreprise a délaissé les ambitions sans limites de Sam Altman, abandonnant certains projets périphériques pour se recentrer sur les modèles de code et l’IA agentique. Elle table également sur une montée en puissance de la publicité pour monétiser ses quelque 900 millions d’utilisateurs gratuits, qui génèrent d’importants coûts d’inférence. Et elle n’écarte pas de passer à un modèle de facturation à l’usage, au détriment d’abonnements mensuels parfois inférieurs aux coûts réels d’utilisation.
Valorisation incertaine
Pour ne rien arranger, OpenAI a également perdu son image de leader du marché aussi bien sur le plan technologique que commercial, un statut qui devait justifier des prévisions de croissance très optimistes et des investissements colossaux pour accroître sa puissance de calcul. Dans l’espoir de regagner des parts de marché, la société envisage désormais de réduire le prix de ses API, les interfaces qui permettent d’intégrer des modèles d’IA dans des applications ou des processus métier. Au risque de peser mécaniquement sur ses marges, réduisant d’autant sa capacité à amortir ses dépenses.
Si une introduction en Bourse d’OpenAI ne semble pas compromise, sa capacité à la mener sur la base d’une capitalisation de 1.000 milliards de dollars, même l’an prochain, apparaît aujourd’hui plus incertaine. Après quelques mois d’euphorie, portés par la croissance des outils de code, l’enthousiasme autour de l’IA générative s’est en effet de nouveau tassé. L’attention se déplace vers les coûts, à l’image du recul du “tokenmaxxing”, visant à encourager l’usage de l’IA dans les entreprises. À moins d’un regain d’enthousiasme, OpenAI devra donc afficher des signes tangibles d’amélioration.
Pour aller plus loin:
– Avec sa première puce d’IA, OpenAI espère diviser par deux ses coûts d’inférence
– Pourquoi OpenAI veut transformer ChatGPT en “super-app”

