Il n’y a pas que les dirigeants de Google qui attendaient avec fébrilité les remèdes imposés par la justice américaine dans le cadre de sa condamnation pour abus de position dominante dans la recherche en ligne. Apple pouvait aussi perdre très gros. Mais le juge chargé de l’affaire n’a pas suivi les demandes du département de la Justice, qui réclamait l’interdiction de multiples accords commerciaux signés ces dernières années par le groupe de Mountain View pour s’assurer d’être le moteur par défaut des concurrents de son navigateur Chrome. Ces partenariats conclus notamment avec Apple, Firefox et Samsung, lui permettent de bénéficier d’importants avantages de distribution, empêchant ses rivaux d’atteindre la taille critique nécessaire pour être véritablement compétitifs. De quoi lui permettre de maintenir “illégalement” un quasi-monopole dans la recherche.
Moteur sur Safari – L’accord conclu entre Google et Apple est, de très loin, le plus important. Celui-ci permet au premier d’être le moteur par défaut sur Safari, le navigateur Internet du second, utilisé par la majorité des possesseurs d’iPhone, d’iPad et de Mac. En échange, le groupe de Cupertino perçoit un pourcentage des recettes générées par les recherches sur Safari – mais aussi sur le navigateur Chrome. Noué pour la première fois en 2005, ce partenariat est devenu de plus en plus stratégique pour la société, alors que les terminaux à la pomme ont gagné en popularité. Il lui a permis d’éviter qu’un autre acteur ne capte ces recherches – à six reprises, Microsoft a d’ailleurs tenté de prendre sa place pour tenter de doper les parts de marché de Bing. Et aussi d’éviter qu’Apple ne lance un moteur de recherche concurrent.
20% des profits d’Apple – L’accord actuel court jusqu’en 2028, avec une option pour le prolonger de trois ans. La somme versée par Google a longtemps été gardée secrète, mais Apple a reconnu au cours du procès avoir touché 20 milliards de dollars en 2022. Cela représentait 20% de ses profits annuels. Si le juge avait interdit les pactes commerciaux, la firme de Cupertino aurait eu bien du mal à récupérer une somme équivalente. Aucun moteur n’aurait en effet pu garantir un tel montant, pas même Bing de Microsoft, dont la plateforme publicitaire est moins performante. En outre, lancer un moteur maison aurait été complexe et risqué – un projet avait été initié en 2018 avant d’être abandonné. Et aurait été moins lucratif, au moins à court terme. Dans les deux cas, une grande partie des utilisateurs aurait immédiatement rebasculé sur Google, sans aucune commission pour Apple.

