Par , publié le 5 décembre 2025

Le scénario semblait écrit depuis des mois. Après une lente agonie, seulement prolongée par une ultime rallonge de ses actionnaires, Ynsect a été placée lundi en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce d’Evry. La start-up, spécialisée dans l’élevage de vers de farine, n’a pas trouvé le repreneur tant espéré. Elle met donc un terme à ses activités et s’apprête à licencier la quarantaine de salariés encore en poste. Seule exception: sa petite usine de Dole, dans le Jura, a été rachetée par son fondateur et ancien patron.

Fondée il y a quatorze ans, Ynsect ambitionnait d’élever des larves de scarabée Molitor dans des fermes verticales, c’est-à-dire dans des bacs entreposés les uns au-dessus des autres. Celles-ci devaient ensuite être transformées en poudre ou en huile, servant à fabriquer de la nourriture pour les animaux de compagnie ou des engrais. L’entreprise avait réussi à récolter environ 600 millions d’euros en fonds propres, subventions publiques et dettes, notamment pour financer la construction d’une usine à Poulainville, près d’Amiens.

Folie des grandeurs

Mais ces dernières années, Ynsect s’est enfoncée dans une impasse, précipitée par des ambitions démesurées, une gestion financière hasardeuse et de multiples revirements stratégiques. Entre 2020 et 2023, elle n’a vendu que pour 1,9 million d’euros de marchandises, principalement en France, tandis que ses pertes dépassaient 230 millions sur la même période. Sa trésorerie s’est évaporée, ses dettes ont explosé, et plus aucun investisseur, pas même les historiques comme Bpifrance, n’était disposé à remettre au pot pour la sauver.

Les difficultés financières d’Ynsect trouvent en partie leur origine dans les retards accumulés à Poulainville. Censée débuter fin 2021, la production n’a démarré que trois ans plus tard. Surtout, les volumes étaient très éloignés de l’objectif affiché de 200.000 tonnes par an. La start-up a payé au prix fort sa folie des grandeurs: la taille surdimensionnée de son usine a créé de nombreuses complications dans l’automatisation de la production. Et elle ne se justifiait plus après l’abandon du marché de la nourriture pour poissons d’élevage.

Pour aller plus loin:
– La start-up Ynsect s’offre un sursis… très provisoire
– InnovaFeed lève 250 millions d’euros pour ses larves de mouche


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