Par , publié le 7 avril 2026

Impensable il y a encore dix-huit mois, la passation de témoin était devenue inévitable ces dernières semaines. Elle est désormais actée. Portée par le succès fulgurant de son modèle de programmation Claude Code et sa plateforme agentique Cowork, Anthropic revendique désormais un chiffre d’affaires de 30 milliards de dollars en rythme annualisé. Un niveau supérieur à celui d’OpenAI, longtemps leader incontesté du marché de l’intelligence artificielle générative, qui indiquait la semaine dernière générer deux milliards de revenus mensuels – soit 24 milliards sur un an.

La croissance d’Anthropic est spectaculaire. Fin 2024, le concepteur de Claude affichait des recettes annualisées d’un milliard de dollars. Celles-ci avaient grimpé à neuf milliards fin 2025. En moins de quatre mois, son chiffre d’affaires a donc encore été multiplié par plus de trois. Plus de 1.000 clients dépensent au moins un million de dollars en rythme annualisé, assure l’entreprise, soit deux fois plus qu’en février. En face, OpenAI continue de progresser. Mais son rythme de croissance apparaît bien pâle en comparaison (moins de 20% depuis le début de l’année), l’obligeant à recentrer ses priorités.

Lancement record pour Claude Code

Anthropic a été fondée par plusieurs anciens d’OpenAI, notamment le frère et la sœur Dario et Daniela Amodei, partisans d’une approche plus prudente du développement de l’IA compte tenu des risques. Depuis sa création en 2021, la société américaine a levé environ 60 milliards de dollars, notamment auprès d’Amazon et de Google qui font partie de ses premiers investisseurs. Sur un marché particulièrement gourmand en capitaux, où la rentabilité demeure encore lointaine, elle s’est ainsi imposée comme l’un des très rares acteurs capables de déployer des moyens financiers considérables.

Reconnue pour la qualité de ses modèles, Anthropic est devenue une véritable puissance commerciale. L’entreprise a opté pour un modèle de développement distinct de sa grande rivale. Ses recettes proviennent principalement du marché professionnel, notamment par l’intermédiaire d’API, qui permettent aux développeurs d’intégrer son IA directement dans leurs applications, là où le créateur de ChatGPT repose encore majoritairement sur les abonnements. Elle bénéficie en particulier de sa présence sur AWS, la plateforme de cloud d’Amazon, à la différence des modèles concurrents d’OpenAI et Google.

Ces derniers mois, la dynamique commerciale d’Anthropic a encore été accentuée par le lancement de Claude Code. Rapidement adopté par les développeurs, l’outil a franchi la barre du milliard de dollars de revenus annualisés en décembre, à peine six mois après son lancement – du jamais vu. En février, son chiffre d’affaires s’élevait à 2,5 milliards. Et il est probablement aujourd’hui bien supérieur. Entre-temps, la start-up a également lancé Cowork, une plateforme permettant d’automatiser des tâches, dont les débuts s’annoncent encore plus prometteurs, assure-t-elle.

Image de marque

Au-delà des chiffres, un glissement plus profond s’opère. OpenAI a longtemps bénéficié, grâce au succès de ChatGPT, d’un avantage considérable en termes d’image de marque: celui d’un pionnier largement en avance, s’imposant comme l’option privilégiée par les entreprises. L’émergence de Claude Code renverse la donne: c’est désormais Anthropic qui est vu comme l’acteur le plus performant, y compris sur les grands modèles de langage. La société capte ainsi 73% des dépenses des entreprises qui se convertissent à l’IA, contre seulement 40% fin 2025, selon les données clients de Ramp.

À ce titre, le conflit avec le Pentagone a représenté une publicité inattendue pour Anthropic, mettant en avant que seuls ses outils étaient jugés suffisamment avancés. À plus long terme cependant, cet épisode pourrait pénaliser la société. Si la justice ne lui donne pas raison, les fournisseurs de l’armée ne pourront plus utiliser ses modèles dans des projets liés à la défense. Ce sera notamment le cas du système Maven, conçu par Palantir pour analyser les images filmées par des drones. Et elle risque d’être exclue des prochains contrats, dont les montants devraient être plus élevés.

Premiers data centers

Un autre défi se profile: victime de son succès, Anthropic ne dispose pas d’assez de puissance de calcul. Ces dernières semaines, l’entreprise a ainsi imposé de nouvelles restrictions sur l’usage de ses modèles, y compris pour les abonnés payants. Elle a notamment exclu les outils tiers, comme la populaire plateforme d’agents OpenClaw, de son abonnement. Leur utilisation est désormais facturée à la consommation, alors que leur coût dépassait souvent le prix de l’abonnement. Un moyen aussi de stimuler la croissance du chiffre d’affaires tout en contenant les pertes.

Pour y faire face, Anthropic prévoit d’investir massivement dans son infrastructure. Mardi, la société a annoncé un accord avec Google et Broadcom pour utiliser des TPU, les puces d’IA fabriquées par le second pour le compte du premier, pour l’entrainement et l’inférence de ses modèles. Un contrat susceptible de dépasser les 100 milliards de dollars. Elle s’est aussi engagée à dépenser 30 milliards sur Azure, le cloud de Microsoft. Et elle prévoit de bâtir ses premiers data centers aux États-Unis, en partenariat avec le spécialiste britannique Fluidstack, pour un coût estimé à 50 milliards.

Pour aller plus loin:
– En levant 30 milliards de dollars, Anthropic accentue la pression sur OpenAI
– Trois ans après le lancement de ChatGPT, l’heure des doutes pour OpenAI


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