Par , publié le 16 juin 2026

Meta n’engagera pas de bras de fer avec Pékin. Dans un mémo interne, relayé par Bloomberg, la maison mère de Facebook et Instagram confirme être en train de défaire l’acquisition de Manus, comme exigé fin avril par les autorités chinoises. De premières mesures de démantèlement ont déjà été mises en place: dans ses bureaux de Singapour, une séparation opérationnelle est désormais actée entre ses équipes et celles de la start-up spécialisée dans les agents d’intelligence artificielle, dans l’attente d’un éventuel rachat par ses fondateurs.

Manus a fait sensation début 2025 en dévoilant la première plateforme opérationnelle d’agents IA. À l’époque déjà, sa maison mère, baptisée Butterfly Effect, cherchait à prendre ses distances avec ses racines, communiquant en anglais et se présentant comme un groupe singapourien. Elle était toutefois toujours contrôlée par une entité juridique chinoise. Et une grande partie de ses équipes était encore basée dans le pays. Cette stratégie de communication poursuivait un double objectif: conquérir les marchés occidentaux et attirer des fonds d’investissement américains.

Un précédent à empêcher

Sa relocalisation à Singapour n’avait pas, dans un premier temps, attiré l’attention de Pékin, notamment parce que Manus ne conçoit pas ses propres modèles de langage – la start-up s’appuie sur ceux d’Anthropic et d’Alibaba. Son système, capable de découper une requête en plusieurs tâches réparties entre différentes IA spécialisées, n’avait alors pas été considéré comme une technologie stratégique, soumise à des contrôles renforcés. Mais son rachat par Meta aurait pu créer un précédent et inciter d’autres start-up à déménager hors de Chine – un scénario que les autorités cherchent à éviter.

Peu après l’annonce, fin 2025, du rachat de l’entreprise par Meta, pour un montant estimé à deux milliards de dollars, Pékin avait ouvert une enquête, conclue trois mois plus tard par un communiqué laconique réclamant l’annulation de l’opération, sans aucune justification détaillée. Une décision dont l’impact pourrait rester avant tout symbolique: les technologies et les projets de Manus ont déjà été transférés chez le géant de Menlo Park, tout comme l’ensemble des employés – à l’exception notable de deux fondateurs ciblés par une interdiction de quitter la Chine.

Meta conserve l’essentiel ?

Dans ce contexte, l’avenir de Manus reste incertain. Selon Bloomberg, ses fondateurs cherchent à lever un milliard de dollars pour financer une opération de rachat, d’un montant comparable à celui payé par Meta. D’autres acquéreurs potentiels pourraient se manifester. Mais le périmètre de l’opération, notamment sur le plan humain, reste flou. Un retour en Chine pourrait par ailleurs compliquer ses ambitions commerciales à l’international, tout en limitant l’arrivée d’investisseurs étrangers, notamment américains, susceptibles de financer son développement.

Présentée comme stratégique, l’acquisition de Manus s’inscrivait dans une vaste politique d’investissements de Meta dans l’IA. Dès lors, s’était posée la question du respect des injonctions de Pékin. Le groupe a finalement choisi de s’y conformer, afin de ne pas compromettre environ 10% de son chiffre d’affaires réalisé auprès d’entreprises chinoises achetant des publicités pour l’international, ni ses relations avec ses fournisseurs chinois de composants pour ses lunettes connectées. Meta pourrait cependant avoir sauvé l’essentiel: conserver les technologies de Manus.

Pour aller plus loin:
– Meta rachète la start-up Manus pour accélérer dans l’IA générative
– Malgré des milliards investis dans l’IA, Meta navigue toujours à vue


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