La stratégie est désormais bien rodée. Lundi, Meta a annoncé un investissement de 900 millions de dollars dans la start-up indienne Cred, qui propose un programme de récompenses lié aux paiements par carte de crédit. La contrepartie: le recrutement de son patron, Kunal Shah. Celui-ci prend la direction de WhatsApp, où il succède à Will Cathcart, nommé après le départ fracassant, en 2019, de Jan Koum, le fondateur de l’application de messagerie alors en désaccord stratégique avec Mark Zuckerberg. Sa mission sera notamment d’accélérer la monétisation, en particulier dans la publicité.
L’Inde, un marché stratégique
Meta avait déjà eu recours à cette méthode l’an dernier pour débaucher Alexandr Wang, fondateur de la start-up Scale AI, désormais à la tête d’une nouvelle division consacrée à l’intelligence artificielle générative. L’opération s’était alors élevée à 14,3 milliards de dollars. Ces arrangements permettent d’éviter des examens par les autorités de la concurrence, pouvant se traduire par plusieurs trimestres, voire plusieurs années de procédure, sans garantie d’obtenir un feu vert. Ils remplacent les traditionnelles “aqui-hire”, ces acquisitions visant seulement à recruter des équipes.
Au-delà du montage financier, l’arrivée de Kunal Shah apparaît inhabituelle dans la Silicon Valley: les grands groupes technologiques américains débauchent rarement des dirigeants en dehors des États-Unis. “Il apporte une mentalité de bâtisseur et une perspective mondiale qui lui seront très utiles pour diriger la plus grande application de messagerie au monde”, justifie Mark Zuckerberg. Son arrivée symbolise aussi l’importance stratégique de l’Inde pour WhatsApp. La plateforme y compte plus de 500 millions d’utilisateurs et y a également déployé sa solution de paiement mobile.
Arrivée de publicités
L’application génère déjà plusieurs milliards de chiffre d’affaires par an, grâce aux messages payants envoyés par les entreprises et aux publicités click-to-message vendues sur Facebook et Instagram, qui redirigent les utilisateurs vers une conversation WhatsApp avec l’annonceur. Engagée dans de vastes dépenses, en particulier dans l’intelligence artificielle générative, Meta entend désormais aller encore plus loin dans la monétisation de sa filiale. Et enfin rentabiliser les 19 milliards de dollars dépensés en 2014 pour la racheter – sans compter les investissements consentis depuis.
L’an passé, la société a ainsi confirmé le déploiement progressif de la publicité sur WhatsApp. Les annonces sont affichées dans les Status, l’équivalent maison des Stories popularisées par Snapchat et copiées depuis par Meta. En revanche, elles ne sont pas présentes dans la boîte de réception, contrairement à ce que fait Messenger, l’autre messagerie du groupe. “Plusieurs centaines de millions voient des publicités chaque jour”, assure la directrice financière, Susan Li. L’application teste également un abonnement dans plusieurs pays, offrant des fonctionnalités supplémentaires.
Pour aller plus loin:
– Avec la publicité, Meta veut démultiplier la monétisation de WhatsApp
– Pourquoi Meta franchit le pas des abonnements payants

