Face à l’envolée spectaculaire des prix des puces mémoire et au risque de rupture d’approvisionnement, “aucune option ne doit être écartée”, estimait récemment Tim Cook, le directeur général d’Apple, dans un entretien au Wall Street Journal. Y compris celle de se tourner vers un fournisseur chinois placé sur la liste noire du Pentagone en raison de ses liens présumés avec l’armée ? Selon le Financial Times, le groupe à la pomme est en discussion avec l’administration américaine afin d’obtenir l’autorisation d’acheter des puces produites par ChangXin Memory Technologies (CXMT).
Sécuriser des volumes
L’objectif principal d’Apple n’est pas d’obtenir de meilleures conditions tarifaires. CXMT affiche en effet des prix aussi élevés que les autres acteurs du marché, en raison d’une demande bien supérieure à ses capacités de production. La société de Cupertino cherche avant tout à sécuriser des volumes supplémentaires de DRAM, ces mémoires vives dites dynamiques qui équipent les iPhone, iPad et Mac. “Pour Apple, le problème n’est plus tant la flambée du coût des puces mémoire que l’aggravation du déficit de production”, souligne ainsi l’analyste vedette Ming-Chi Kuo.
Cette situation pourrait peser sur les performances commerciales des futurs iPhone, dont le lancement est attendu en septembre. Au-delà d’une hausse de prix désormais très probable – entre 100 et 200 dollars selon les modèles –, Apple pourrait ne pas être en mesure de produire autant d’unités qu’espéré initialement, faute de disposer de suffisamment de mémoire LPDDR, un type de DRAM. Selon Ming-Chi Kuo, les volumes commandés au second semestre 2026 et au premier trimestre 2027 pourraient être inférieurs de 10 à 20% à l’objectif initial. Soit autant de ventes potentielles en moins.
Parts de marché en forte hausse
Lancée en 2016, CXMT s’est imposée en dix ans comme le quatrième acteur mondial des DRAM, notamment en rachetant les brevets d’un fabricant allemand ayant fait faillite en 2009. L’entreprise, qui a bénéficié d’un important soutien public, n’est devancée que par les sud-coréens SK Hynix et Samsung, et l’américain Micron. Selon le cabinet Counterpoint, sa part de marché s’élevait au premier trimestre à 8%, contre seulement 3% un an plus tôt. Les analystes de SemiAnalysis prédisent que son chiffre d’affaires avoisinera les 50 milliards de dollars cette année, six fois plus que l’an dernier.
Les DRAM produites par CXMT sont essentiellement utilisées par des marques chinoises, généralement pour leur marché domestique. Pour répondre à la demande, le groupe ouvre de nouvelles lignes de production, qui doivent lui permettre, à terme, de doubler ses capacités afin de se rapprocher de celles de ses concurrents. Il ambitionne aussi de se lancer dans la fabrication de puces mémoire à large bande passante (HBM), très présentes dans les infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle générative. CXMT vient ainsi de signer un contrat de trois milliards de dollars avec Tencent.
Pas encore sur l’Entity List
Sur le papier, rien n’empêche Apple d’acheter des puces mémoires à CXMT. Seules les portes du ministère américain de la Défense lui sont fermées. Contrairement à sa compatriote YMTC, spécialisée dans les mémoires NAND utilisées pour le stockage, l’entreprise ne figure pas sur l’Entity List du département du Commerce. Cette dernière est plus contraignante: elle interdit toute relation avec des entreprises américaines, sans accord de Washington. L’an passé, CXMT aurait dû y être ajoutée, mais la décision a été annulée afin de ne pas perturber les négociations commerciales avec Pékin.
La manœuvre serait toutefois risquée pour Apple, qui ne manquerait pas d’être critiqué par des élus. En 2022, le groupe avait déjà renoncé à se fournir auprès de YMTC, pas encore placé sur l’Entity List. Surtout, rien ne garantit que CXMT ne soit pas ajouté à cette liste noire pendant les phases de test ou après la commercialisation d’appareils équipés de ses mémoires. Avant de se lancer, les dirigeants d’Apple souhaiteraient donc obtenir des garanties de Washington. Une mission qui pourrait revenir à Tim Cook, chargé d’épauler son futur remplaçant John Ternus dans les relations avec les autorités.
Pour aller plus loin:
– Apple augmente ses prix, l’iPhone épargné… pour l’instant
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