Face à Netflix, Salto part avec de gros handicaps

Par , publié le 19 octobre 2020

Proposer le “meilleur de la création française”. C’est la promesse de Salto, la plate-forme de streaming vidéo lancée ce mardi par TF1, France Télévisions et M6. Pour les groupes audiovisuels, pas question de présenter leur initiative, annoncée il y a plus de deux ans et reportée à plusieurs reprises, comme un concurrent de Netflix, le leader américain du marché qui compte entre 7 et 8 millions d’abonnés en France – et près de 200 millions dans le monde. Le service, vendu à partir de 7 euros par mois, n’a ni les moyens financiers, ni le catalogue pour rivaliser. Il peut cependant prétendre au statut d’offre de complément.

Avant-première – Pour son lancement, Salto promet 10.000 heures de contenus: des films, des téléfilms, des séries, des documentaires, des émissions… Un catalogue essentiellement alimenté par les programmes de ses trois actionnaires. La plate-forme propose aussi de regarder avec 48 heures d’avance les derniers épisodes de feuilletons quotidiens, comme Plus belle la vie et Demain nous appartient. D’autres séries seront disponibles en avant-première pendant quelques semaines, dont Ils étaient dix qui sera diffusée plus tard sur M6. Le catalogue inclut également des séries étrangères déjà diffusées (Downton Abbey, The Handmaid’s Tale..) ou inédites en France.

Pas de créations originales – Souvent moqué, le catalogue de Salto pourrait satisfaire une partie des téléspectateurs. Il part cependant avec deux gros handicaps. D’abord, la grande majorité de ses contenus ont été ou seront bientôt diffusés gratuitement à la télévision ou sur les plates-formes de replay. Convaincre les gens de payer pour revoir les anciens épisodes ou visionner les prochains avec un peu d’avance pourrait être difficile. Ensuite, Salto ne propose, pour le moment, aucune création originale, la faute notamment à un budget limité (250 millions d’euros sur trois ans). Or, ces films ou séries sont au cœur de la stratégie de Netflix, d’Amazon et d’Apple, car ils peuvent à eux seuls justifier de dépenser entre 5 et 16 euros par mois.

Prix élevés – Salto pourrait aussi être pénalisé par sa structure capitalistique, regroupant trois groupes rivaux sur le marché de la télévision, qui possèdent déjà leurs propres services gratuits de vidéo à la demande. En outre, l’un des actionnaires est un acteur public qui ne partage pas les mêmes objectifs de rentabilité que les deux autres. Autant de conflits potentiels. Ce n’est pas tout: l’Autorité de la concurrence a imposé plusieurs conditions restreignant les marges de manœuvre de la plate-forme. Et aucun accord de distribution n’a encore été signé avec les fournisseurs d’accès à Internet, ce qui limite le marché. Reste enfin la question du prix: entre 7 euros pour un seul écran et 13 euros pour quatre écrans, soit davantage que Disney+ et quasiment autant que Netflix.

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