Par , publié le 21 octobre 2020

Officialisée mardi après plus d’un an d’enquête, la procédure antitrust visant Google ne menace pas seulement le moteur de recherche. Elle pourrait également faire des victimes collatérales, qui tirent aujourd’hui profit de pratiques potentiellement anticoncurrentielles pour encaisser collectivement des milliards de dollars par an. Sont concernés les grands opérateurs mobiles, les navigateurs Internet comme Firefox et Opera, et surtout Apple. Le concepteur de l’iPhone, qui est cité 56 fois dans la plainte des autorités américaines, risque le plus gros. En jeu: entre 8 et 12 milliards de dollars par an, soit entre 15% et 22% de ses profits annuels.

“Une seule entreprise” – L’accord signé avec Apple permet à Google d’être le moteur de recherche par défaut du navigateur Safari sur iOS et Mac. C’est un élément primordial car très peu d’utilisateurs modifient ce réglage. Pour le département de la Justice, cela permet à la société de capter quasiment l’intégralité des recherches réalisées sur les appareils à la pomme. Et ainsi d’empêcher l’émergence de rivaux crédibles. C’est le cas notamment de Bing de Microsoft, avec lequel Apple s’était associé pour les résultats proposés par son assistant Siri… avant de basculer vers Google en 2017. Quelques mois plus tard, affirme le DOJ, un employé d’Apple écrivait à un salarié de Google: “travaillons comme si nous n’étions qu’une seule entreprise”.

Quelles alternatives ? – Au terme d’un futur procès ou dans le cadre d’un accord à l’amiable, l’entente entre les deux géants pourrait prendre fin aux Etats-Unis. Cela priverait Apple d’une manne financière considérable – et imputerait d’autant ses profits. L’entreprise aurait alors trois solutions. D’abord, laisser gratuitement Google comme moteur par défaut, partant du principe que c’est le choix privilégié par ses clients. Ensuite, se tourner vers d’autres acteurs, comme Microsoft. Mais accepteront-ils ou pourront-ils offrir les mêmes conditions financières, alors même qu’une partie des utilisateurs pourrait, cette fois-ci, modifier le moteur par défaut ? Enfin, lancer son propre moteur de recherche, comme le veut une rumeur persistante. Cette solution mettrait cependant plusieurs années pour rapporter autant que l’accord signé avec Google.

Apple, un monopole ? – Pour Apple, le risque va cependant bien au-delà. Comme Facebook et Amazon, la société est aussi dans le viseur des autorités de la concurrence et des parlementaires américains. Sa ligne de défense principale consiste à dire qu’elle ne peut pas être considérée comme un monopole compte tenu de ses parts de marché sur le segment des smartphones: autour de 45% aux Etats-Unis et autour de 15% dans le monde. Or, “le fait qu’Apple puisse réclamer autant d’argent à Google est une preuve qu’Apple détient un pouvoir semblable à un monopole”, souligne l’analyste Ben Thompson. C’est donc un argument de poids qui pourrait être utilisé dans une potentielle procédure antitrust – qui devrait essentiellement porter sur les commissions et les règles de l’App Store.

Pour aller plus loin:
– Spotify, Epic et Deezer s’allient contre la “taxe Apple”
– Comment l’Europe veut lutter contre la domination des Gafa


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