Par , publié le 22 octobre 2020

Il n’y aura pas eu d’happy end pour Quibi. Faute d’avoir pu trouver un repreneur, la plate-forme de streaming de mini-séries ferme déjà ses portes, à peine plus de six mois après son lancement. Et surtout après avoir levé 1,75 milliard de dollars auprès d’investisseurs prestigieux. Malgré son carnet de chèque, largement mis à profit pour s’attacher les services de plusieurs vedettes d’Hollywood, comme Steven Spielberg, Jennifer Lopez ou encore Reese Witherspoon, l’offre n’a jamais rencontré son public. Selon CNBC, elle ne comptait que 500.000 abonnés. Très loin de l’objectif de 7,4 millions au bout d’un an.

Dix minutes maximum – Pour se démarquer sur un marché très concurrentiel, Quibi misait sur le snacking avec des vidéos de dix minutes maximum, censées répondre aux nouveaux modes de consommation dans les transports en commun ou au bureau à l’heure de la pause café. Ces films, séries, émissions de télé-réalité et documentaires pouvaient être regardés aussi bien à l’horizontale qu’à la verticale, grâce à une nouvelle technologie. Le projet était porté par Jeffrey Katzenberg, ancien patron de Walt Disney Studios et fondateur du studio DreamWorks, et par Meg Whitman, ex-directrice générale d’eBay et d’Hewlett Packard. Deux noms qui ont permis à la société de séduire Disney, NBCUniversal, Sony Pictures ou encore Alibaba.

Victime du coronavirus ? – Commercialisé à 5 ou 8 dollars par mois, avec ou sans publicité, l’abonnement a été lancé en avril, au plus fort de l’épidémie de coronavirus. Un obstacle insurmontable, assure Jeffrey Katzenberg. Au lieu de disposer, seul, de quelques minutes dans les transports ou au bureau, le public visé s’est en effet retrouvé en famille chez lui devant sa télévision ou son ordinateur. Cela n’a fait qu’accentuer une erreur stratégique de Quibi: l’impossibilité de regarder les vidéos ailleurs que sur un smartphone. La start-up avait fini par faire marche arrière, mais certainement trop tard. Pour autant, le coronavirus apparaît comme une excuse facile pour expliquer cet échec.

Marché saturé – Cela permet en effet d’éviter de poser la véritable question: au-delà des erreurs de Quibi, existe-t-il un marché pour une autre plate-forme payante ? Face à Netflix, Disney, Amazon, Apple, HBO – mais aussi YouTube, Snapchat ou TikTok -, il est en effet difficile pour un nouvel acteur de s’imposer, à moins de proposer des contenus disposant déjà d’une base de fans ou destinés à une niche. Si le catalogue de Quibi était plutôt étoffé, il ne comportait pas de véritable succès pouvant attirer de nouveaux abonnés. Jeffrey Katzenberg le reconnait d’ailleurs à demi-mot dans le message annonçant la fermeture: “peut-être que l’idée n’était pas assez forte pour justifier un autre service de streaming”.

Pour aller plus loin:
– Face à Netflix, la plate-forme française Salto part avec de gros handicaps
– Netflix ne profite plus d’un effet coronavirus


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