Par , publié le 2 novembre 2020

Donald Trump ou Joe Biden ? Les électeurs américains votent ce mardi pour leur prochain président. Si elles ont bien évité de prendre publiquement parti, les grandes entreprises technologiques américaines ont peu à gagner de ce scrutin, dans un contexte politique qui leur est désormais défavorable. Et elles ont même beaucoup à perdre d’une potentielle vague bleue au Congrès, qui donnerait aux démocrates les moyens d’agir pour lutter contre leur position dominante. Tour d’horizon des principaux enjeux.

Enquêtes antitrust – En cas de victoire républicaine, l’administration Trump pourrait poursuivre son offensive contre Apple, Google, Amazon et Facebook, qu’elle accuse de pratiques anti-concurrentielles. Mais une victoire de Joe Biden ne signifierait pas pour autant la fin des ennuis pour ces quatre entreprises. Une procédure antitrust a déjà été lancée contre Google. Il est probable que Facebook, Apple et Amazon soient également poursuivis avant la passation de pouvoir de janvier. Or, un changement d’administration ne se traduit traditionnellement pas par un abandon de ce type de procédure. En outre, de nombreux démocrates y sont plutôt favorables – comme le montrent les enquêtes menées par plusieurs Etats démocrates, comme la Californie.

Nouvelles régulations – Les géants américains du numérique sont également menacés par le Congrès. Jusqu’à présent, ils étaient cependant protégés par les divisions entre les démocrates, qui contrôlent la Chambre des représentants, et les républicains, majoritaires au Sénat. La donne pourrait changer: les sondages prédisent en effet un basculement du Sénat. En cas de victoire de Joe Biden, les démocrates auraient alors les mains libres pour imposer de nouvelles règles. En octobre, une commission de la Chambre de représentants avait recommandé de nombreuses mesures pour favoriser la concurrence. Exemple: forcer Facebook à se séparer d’Instagram et Google de YouTube.

Section 230 – Autre terrain de bataille: les protections juridiques accordées aux sociétés du Web. Regroupées dans la section 230 d’une loi de 1996, celles-ci sont de plus en plus critiquées des deux côtés de l’échiquier politique. Les républicains accusent YouTube, Facebook ou encore Twitter de censurer les voix conservatrices. Les démocrates leur reprochent de ne pas en faire assez contre les discours haineux et la désinformation. Là aussi, toute réforme importante était impossible en raison de la répartition actuelle des pouvoirs au Congrès. En cas de sans-faute, les démocrates pourront tenter de modifier la réglementation. Mais ils se heurteront certainement à des procédures judiciaires.

Taxe internationale – Au cous de son premier mandat, Donald Trump a été le meilleur allié des grandes entreprises du numérique sur le projet de taxe internationale. Non seulement son administration a torpillé les négociations menées par l’OCDE et par le G20. Mais elle a aussi menacé de représailles tous les pays, dont la France, qui ont voulu imposer une taxation des géants américains, accusés d’évasion fiscale. S’il est élu président, Joe Biden ne devrait pas adopter pas la même position. Il est ainsi probable que les négociations reprennent, sans pour autant signifier qu’un accord international sera forcément trouvé.

Interdiction de TikTok et WeChat – Menacés d’interdiction aux Etats-Unis, TikTok et WeChat ont déjà obtenu un sursis devant la justice américaine. L’administration Trump a depuis promis de poursuivre le combat judiciaire pour obtenir satisfaction. Une défaite du président américain écarterait ce danger. Mais peut-être que provisoirement. Pendant la campagne, Joe Biden a en effet exprimé ses inquiétudes sur un potentiel siphonnage des données des utilisateurs américains par le régime chinois – des craintes également exprimées par des parlementaires démocrates. Il pourrait cependant opter pour une stratégie moins aggressive, ouvrant la voie à un compromis.

Sanctions contre Huawei – Également dans le viseur de Donald Trump, Huawei pourrait lui-aussi bénéficier d’une victoire de son rival. Un tel scénario ne lui ouvrira certainement pas la porte du marché américain, aussi bien pour ses équipements de réseaux que pour ses smartphones. Mais il pourrait se traduire par un allègement des sanctions, en particulier par un retrait de la liste noire interdisant, sauf dérogation, toute relation avec des sociétés américaines ou des sociétés étrangères utilisant des équipements américains. Les fournisseurs du groupe chinois sortiraient également gagnants. Cela pourrait aussi profiter à Nvidia, dont la tentative de rachat d’Arm aurait alors moins de chances d’être bloquée par les autorités chinoises.

Statut des chauffeurs Uber – Pour les plates-formes de voiture avec chauffeur et de livraison, le danger vient de Californie. En jeu: la survie de leur modèle économique, basé sur l’utilisation de travailleurs indépendants. Depuis le début de l’année, une loi californienne impose de requalifier les chauffeurs et les livreurs en salariés. Son application est pour le moment suspendue. Mais Uber, Lyft ou encore Instacart ont désormais peu de chances de remporter leur bataille judiciaire. Ils misent donc tout sur la “proposition 22”. Soumise mardi au vote des électeurs, celle-ci prévoit d’instaurer une exemption pour ces plates-formes. Uber et ses alliés ont dépensé 200 millions de dollars dans la campagne. Un record.

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