Par , publié le 4 novembre 2020

Un coup de tonnerre. A deux jours seulement de la date prévue, l’introduction en Bourse d’Ant Group a été suspendue mardi par les autorités chinoises. L’opération, qui devait se tenir à Shanghai et Hong Kong, aurait dû permettre à la filiale d’Alibaba de lever plus de 34 milliards de dollars (29 milliards d’euros). Un record historique. Et un symbole fort, aussi bien de la puissance des géants chinois du numérique que des ambitions du pays pour devenir une place financière forte, capable de se substituer aux marchés new-yorkais pour ce type d’opérations.

Devant Visa et les banques – Jusqu’à lundi, tous les voyants étaient au vert pour la fintech, essentiellement connue pour sa solution de paiements Alipay. Après quelques hésitations, les autorités boursières avaient validé son processus d’introduction. Et la demande des investisseurs avait très nettement dépassé l’offre d’actions: à Shanghai, elle s’était chiffrée à près de 3.000 milliards de dollars. Les conditions semblaient ainsi réunies pour qu’Ant devienne, jeudi soir, l’institution financière le mieux valorisée au monde. Devant les géants de cartes de paiement Visa et Mastercard. Devant également toutes les banques américaines et chinoises.

Changements réglementaires – Pourtant, cette marche triomphale vers la Bourse a brutalement pris fin, rappelant Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, à la réalité d’un pays contrôlé par le Parti communiste. Signe avant-coureur, la première fortune chinoise avait été convoquée lundi par les régulateurs bancaire et boursier. Avant donc que le couperet ne tombe 24 heures plus tard. Les autorités chinoises n’ont pas fourni d’explications détaillées pour justifier leur décision, mentionnant simplement un changement réglementaire – en l’occurrence, le net renforcement, annoncé lundi, des exigences de fonds propres sur les prêts que la société accorde aux particuliers et aux petites entreprises.

Victime de déclarations polémiques ? – Ant Group pourrait surtout payer les déclarations polémiques tenues par Jack Ma fin octobre. Dans un discours, il s’était violemment attaqué au système bancaire chinois, dont la “mentalité de prêteur sur gages” représenterait un frein à l’innovation. Mais l’homme d’affaires a visiblement ciblé plus fort que lui: les grandes banques étatiques chinoises, qui n’apprécient guère être bousculées par un acteur aux ambitions exponentielles. Et aux innombrables succès. Selon l’agence Bloomberg, la société ne pourra pas entrer en Bourse tant qu’elle n’aura pas modifié ses pratiques. A moins qu’elle n’opte finalement pour une introduction à New York, comme l’avait fait sa maison-mère en 2014.

Pour aller plus loin:
Comment Alibaba veut révolutionner le commerce physique
– Dix ans après, le cloud d’Alibaba est enfin rentable


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