Comment Uber a sauvé sa peau en Californie

Par , publié le 5 novembre 2020

Le soulagement est à la hauteur des enjeux pour Uber. Mardi, la plate-forme américaine de voiture avec chauffeur a remporté une victoire majeure en Californie. Celle-ci lui permet non seulement de sauver son modèle économique dans l’Etat le plus peuplé des Etats-Unis, mais aussi d’espérer imposer une “troisième voie” ailleurs dans le pays. Le combat a cependant été âpre. Les services de VTC et de livraison ont ainsi dû dépenser 200 millions de dollars dans la campagne. Un record. Et Uber n’a pas hésité à ressortir des cartons des tactiques agressives, parfois controversées, qui avaient déjà fait leurs preuves sous la précédente direction.

Statut des chauffeurs – La bataille portait sur le statut des chauffeurs, aujourd’hui considérés comme des travailleurs indépendants. Cela signifie qu’il sont rémunérés à la tâche et ne bénéficient pas d’avantages sociaux. Fin 2019, les parlementaires californiens ont adopté une loi obligeant Uber et autres à salarier leurs collaborateurs. Une contrainte qui remettait en cause le cœur de leur modèle économique, en augmentant leurs coûts. Pour y échapper, ces entreprises ont d’abord multiplié les procédures judiciaires, sans succès. Puis, elles ont obtenu un vote par référendum. C’est la “proposition 22” qui a été adoptée mardi soir, à une très large majorité, par les électeurs californiens.

Messages alarmants – Pour obtenir gain de cause, Uber n’a pas seulement sorti son carnet de chèque pour financer l’envoi de tracts, la diffusion de spots de publicité à la télévision et des annonces sur Facebook. La société a fait ce qu’elle avait déjà fait par le passé: mobiliser sa base d’utilisateurs. A ses débuts, c’est de cette manière qu’elle avait souvent réussi à pousser les autorités locales à autoriser son service, généralement lancé sans aucune autorisation. Avant chaque course et par de nombreuses notifications, Uber a ainsi multiplié les messages alarmants, mettant en garde contre une hausse des prix, des temps d’attente plus longs et moins d’activité pour les chauffeurs en cas de défaite de la “proposition 22”

“Troisième voie” – Si ce texte va permettre à Uber de ne pas accorder le statut de salariés à ses chauffeurs, il introduit également de nouvelles obligations, en particulier des aides pour souscrire à une assurance maladie et l’instauration d’un salaire minimum. Mais celui-ci ne s’applique pas sur le temps d’attente entre deux courses. Forts de leurs succès en Californie, Uber et ses alliés souhaitent désormais imposer ce statut hybride partout où le statut de travailleurs indépendants est remis en cause. Voire même au niveau fédéral. Et d’assurer que cette “troisième voie” réconcilie les exigences de leur modèle économique avec la nécessité de mieux protéger leurs chauffeurs et livreurs.

Pour aller plus loin:
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– Avenir incertain pour les taxis volants d’Uber

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