Par , publié le 3 décembre 2020

Rentable depuis cinq trimestres, Tesla n’entend pas relâcher la pression. Dans un e-mail adressé mardi à l’ensemble des salariés, Elon Musk a réaffirmé l’importance d’abaisser encore plus les coûts de production. Faute de quoi “notre action va être écrasée comme un soufflé sous un marteau”, a prévenu le patron du constructeur américain de voitures électriques. Depuis mars, son cours boursier s’est envolé: il a été multiplié par près de huit ! Et sa capitalisation s’élève désormais à 530 milliards de dollars. C’est 2,5 fois plus que Toyota et huit fois plus que General Motors. Un niveau “trop élevé”, affirme d’ailleurs Elon Musk.

Chasse aux petites dépenses – L’obsession de l’entrepreneur pour les économies n’est pas nouvelle. Elle est même au cœur de sa stratégie pour proposer des modèles grand public. En septembre, il a ainsi promis de commercialiser une voiture électrique entièrement autonome pour seulement 25.000 dollars d’ici trois ans. La baisse des coûts passe surtout par des améliorations technologiques ou des gains de productivité. Mais aussi par la chasse incessante aux petites dépenses. Régulièrement, Elon Musk écrit ainsi aux salariés pour leur demander des efforts supplémentaires, allant même jusqu’à exiger que la moindre dépense soit autorisée par la direction financière. C’était le cas notamment en 2019, lorsque la trésorerie avait atteint un niveau critique.

Faible rentabilité – Certes, la situation financière de Tesla s’est nettement améliorée depuis un an, avec notamment un bond de la marge brute provoqué par une hausse des volumes de production. Mais sa “rentabilité demeure très faible”, souligne Elon Musk. De fait, le constructeur est valorisé à 1.130 fois ses profits. Soit 75 fois plus que la valorisation moyenne de l’indice S&P 500. “Les investisseurs nous accordent beaucoup de crédit pour notre rentabilité future”, poursuit le patron de l’entreprise. Des attentes qu’il faut satisfaire trimestre après trimestre. Selon Elon Musk, il est donc nécessaire de “dépenser de façon plus intelligente”, même si cela ne permet que d’économiser “50 cents par-ci ou 20 cents par-là”.

Droits à polluer – Cette pression est d’autant plus forte que les profits récents de Tesla ne proviennent pas de son activité. Mais de la vente de crédits carbone aux autres constructeurs automobiles. Cette pratique s’est d’abord développée aux Etats-Unis, avant de gagner l’Europe où des normes plus drastiques vont entrer en vigueur en 2021. Le groupe Fiat Chrysler va verser, par exemple, 1,8 milliard d’euros sur trois ans à Tesla. Cette manne financière est une aubaine pour la société américaine, lui permettant de financer ses vastes investissements. Mais elle finira par s’interrompre, lorsque les autres marques, converties à l’électrique, n’auront plus besoin d’acheter de droits à polluer. Ce qui menace potentiellement la rentabilité de Tesla.

Pour aller plus loin:
– Grâce à de nouvelles batteries, Tesla promet de casser les prix
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