Par , publié le 3 décembre 2020

Après Tier, au tour de Voi. Mardi, le spécialiste suédois des trottinettes électriques en libre-service a officialisé une levée de fonds de 160 millions de dollars (133 millions d’euros), moins d’un mois après que son rival allemand a récolté 250 millions auprès d’investisseurs. Ces deux tours de table interviennent à un moment stratégique: après les confinements, l’épidémie de coronavirus a fait exploser la demande pour les nouvelles formes de mobilité. Et ils illustrent également la position de force des acteurs européens face aux pionniers américains du marché.

Stratégie trop agressive – Avant de gagner l’Europe, la révolution des trottinettes électriques a d’abord commencé en Californie. Deux start-up mènent la charge: Bird et Lime. Très vite, elles reçoivent d’importants investissements et se lancent dans une stratégie de déploiement massif aux Etats-Unis, puis à l’étranger. Mais celle-ci se retourne contre elles: elles dépensent rapidement leur fonds et accumulent les pertes en déployant des modèles de trottinettes peu fiables, qui ne pouvaient pas être amortis sur la durée. “Elles ont utilisé tout leur argent sans avoir pu construire les relations avec les villes, les opérations ou les produits nécessaires”, souligne Fredrik Hjelm, le patron de Voi interrogé par Bloomberg.

Impact du coronavirus – Arrivées plus tardivement sur le marché, les start-up européennes, dont font également partie la française Dott et l’estonienne Bolt, ont pu apprendre des coûteuses erreurs de leurs concurrentes américaines. Moins puissantes financièrement, elles ont choisi d’équiper leurs trottinettes de batteries amovibles pour limiter les coûts opérationnels. Et elles n’ont pas pu déployer autant d’appareils dans autant de villes que Bird et Lime. Cette différence a été cruciale au printemps, lorsque les déplacements ont drastiquement chuté dans les grandes villes. Les deux groupes américains ont ainsi bien plus souffert pendant cette période: ils ont dû licencier et lever des fonds en urgence à des conditions peu avantageuses.

Déjà rentables ? – “Le vent a tourné, ajoute Fredrik Hjelm, cette fois-ci au Financial Times. Avec notre levée de fonds et celle de Tier, nous allons probablement avoir plus de liquidités qu’eux et de meilleures fondations sur lesquelles bâtir”. Les deux entreprises assurent même être rentables depuis cet été, mais sur une base ajustée qui exclut certaines dépenses. Elles prévoient d’utiliser leurs ressources financières pour s’implanter dans de nouvelles villes, une étape qui requiert beaucoup des moyens pour déployer une flotte et pour gagner des parts de marché. Elles convoitent notamment le Royaume-Uni où les trottinettes viennent d’être autorisées. Et Voi envisage même de franchir… l’Atlantique.

Pour aller plus loin:
– Comment Tier veut révolutionner la location de trottinettes électriques
– Uber met à la casse des milliers de vélos


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