Dans la Silicon Valley, les introductions en Bourse font débat

Par , publié le 14 décembre 2020

Cela peut sembler paradoxal. Après les débuts bousiers fracassants d’Airbnb et de DoorDash la semaine dernière, les start-up Affirm et Roblox ont décidé, elles, de reporter leur lancement à Wall Street, initialement prévu avant Noël. “Une opportunité pour améliorer le processus”, justifie le patron de Roblox, dans un message adressé aux salariés. Selon le Wall Street Journal, les deux entreprises étudieraient une hausse de leur prix d’introduction ou une augmentation du nombre d’actions mises en vente. Leur objectif: éviter un important “pop”, le gain enregistré lors du premier jour de cotation, plus que jamais au centre des critiques.

Quelques investisseurs privilégiés – Les exemples d’Airbnb et de DoorDash ont en effet fourni de nouveaux arguments aux détracteurs des introductions en Bourse (IPO). Le fer de lance de cette croisade s’appelle Bill Gurley, du fonds de capital-risque Benchmark et l’un des investisseurs les plus réputés de la Silicon Valley. Selon lui, les marchés ont convaincu tout le monde que le “pop” devait être le plus élevé possible. Il pense exactement le contraire: en fixant un prix d’introduction sous-évalué, les entreprises ne récupèrent pas autant d’argent qu’elles le pourraient. Dans cette histoire, les véritables gagnants sont les quelques investisseurs privilégiés qui ont pu acheter les titres au rabais.

Le pari raté de Google – Les critiques contre les IPO traditionnelles ne sont pas nouvelles. En 2004, Google avait déjà tenté de faire bouger les lignes. Pour fixer son prix d’introduction, et éviter qu’il ne reflète pas suffisamment l’intérêt réel des marchés, le moteur de recherche avait mis en place un système complexe d’enchères. Dans un contexte boursier difficile, et après plusieurs polémiques, le pari avait été raté: son action avait été lancée à 85 dollars, au lieu des 135 dollars un temps espérés. Cependant, l’approche de Google a inspiré Airbnb et DoorDash, qui ont opté pour une IPO hybride, incluant une mécanique – moins ambitieuse – d’enchères. Mais celle-ci n’a pas permis de limiter le “pop”.

Cotations directes –  Le prix d’introduction n’est pas le seul reproche fait aux IPO. Elles seraient aussi trop chères, trop lentes, trop fermées, trop opaques… Depuis deux ans, leur remise en cause a pris de l’ampleur sous l’impulsion notamment de Spotify, entré en Bourse par l’intermédiaire d’une cotation directe. La société suédoise a depuis été suivie par Slack et Palantir. Moins onéreuse et contraignante, cette procédure présente cependant un handicap majeur: seules des actions déjà existantes peuvent être vendues. Autrement dit, elle ne permet pas à une entreprise de lever de l’argent. Cette restriction devrait bientôt être levée. Ce qui devrait rendre les cotations directes encore plus attractives.

Pour aller plus loin:
– Après avoir résisté au coronavirus, Airbnb va s’introduire en Bourse
– Profitant du coronavirus, DoorDash capitalise à Wall Street

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