Par , publié le 28 janvier 2021

Au printemps 2019, l’heure semblait grave pour Tesla: de lourdes pertes, des ennuis avec le gendarme boursier américain et des investisseurs de plus en plus sceptiques. Deux ans plus tard, le constructeur américain de voitures électriques ne s’est jamais aussi bien porté. Mercredi, il a publié ses premiers profits annuels, dix-huit ans après sa création, avec un bénéfice net de 721 millions de dollars (593 millions d’euros). Il reste ainsi sur six trimestres consécutifs dans le vert. En Bourse, la société vaut désormais plus de 800 milliards de dollars, vingt fois plus que début 2019. Et quatre fois plus que Toyota.

Droits à polluer – Derrière la nette amélioration des finances de Tesla, se cachent d’abord les crédits carbone. Cette pratique consiste à revendre des droits à polluer aux autres constructeurs automobiles, leur permettant de respecter les normes sur les émissions de CO2. Et ainsi d’éviter de payer de lourdes amendes. Elle s’est d’abord développée aux Etats-Unis, avant de gagner l’Europe où des règles plus drastiques vont entrer en vigueur en 2021. L’an passé, le fabricant électrique a généré 1,6 milliard de dollars de recettes grâce aux crédits carbone, une multiplication par près de trois par rapport à 2019.

Rentabilité en trompe-l’œil ? – Ce chiffre est à comparer au bénéfice net de 721 millions de dollars. Autrement dit: sans cette pratique, Tesla n’aurait pas été rentable l’an passé. En l’absence de crédits carbone, le groupe californien aurait affiché une perte de 859 millions. Une rentabilité en trompe-l’œil, dénoncent les analystes les plus sceptiques, qui menace de s’effondrer lorsque les autres constructeurs, convertis à l’électrique, n’auront plus besoin d’acheter des droits à polluer. Mais en attendant, cette manne financière permet à Tesla de financer ses importants investissements. Ainsi, le constructeur ne prévoit pas de s’endetter davantage cette année.

Bond de la marge brute – Si les crédits carbone ont joué un rôle essentiel, l’entreprise n’aurait cependant pas pu devenir rentable sans de meilleures performances opérationnelles. En ne prenant pas en compte les droits à polluer, sa marge brute a en effet bondi de plus de 4 points l’an passé. Cela s’explique en partie par une hausse des volumes, qui permet d’amortir davantage les coûts fixes. En 2020, Tesla a livré près de 500.000 véhicules, un record. Autre source d’amélioration: la baisse des coûts de production, en particulier grâce à la montée en cadence réalisée dans l’usine ouverte en 2019 à Shanghai.

Pour aller plus loin:
– Les rivaux chinois de Tesla gagnent du terrain… et visent l’Europe
– Pourquoi Tesla continue de faire la chasse aux coûts


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