Par , publié le 12 mars 2021

C’est une première en Europe. Et une menace sérieuse pour l’Uber-économie, cette économie des petits boulots basée sur le recours à des travailleurs indépendants. En Espagne, les livreurs de repas devront bientôt être salariés par les plateformes, après un accord trouvé ce jeudi par le gouvernement et les partenaires sociaux. Cela signifie qu’ils devront toucher un salaire, au lieu d’être rémunérés à la tâche, et aussi bénéficier des avantages sociaux. Glovo, Deliveroo, Uber Eats et les autres plateformes ont désormais trois mois pour appliquer cette nouvelle législation… à moins qu’elles ne trouvent une parade juridique.

Modèle économique – Pour les sociétés de livraison, ce changement de statut va se traduire par la nécessité de repenser entièrement leur modèle de fonctionnement. Celui-ci a été pensé autour d’une main-d’œuvre bon marché, abondante et flexible, pouvant être déployée très rapidement dans de nouvelles villes et pouvant absorber les pics d’activité. Les nouvelles règles remettent aussi en cause leur modèle économique et leur capacité de dégager, un jour, des profits – quasiment toutes ces plateformes ne sont pas encore rentables. Embaucher les livreurs devrait en effet entraîner une hausse des coûts, qui pourrait se répercuter sur les frais de livraison ou sur le montant des commissions. Ce qui impacterait la croissance du marché.

La Commission européenne consulte – L’Espagne n’est pas le seul pays européen à vouloir réglementer le statut des livreurs de repas ou des chauffeurs de VTC. Le dossier est aussi bien politique que judiciaire. Le mois dernier, la Cour suprême britannique a donné raison à 25 chauffeurs d’Uber, créant une jurisprudence qui pourrait profiter à tous les travailleurs indépendants du pays. En Italie, l’inspection du travail vient de condamner Uber Eats, Glovo, Just Eat et Deliveroo à payer une amende de 733 millions d’euros. Et à salarier leurs livreurs. Aux Pays-Bas, la justice vient de donner raison à un livreur de Deliveroo. Le sujet intéresse également la Commission européenne, qui a lancé une consultation publique.

Troisième voie – Paradoxalement, la démarche de Bruxelles, qui pourrait déboucher sur “une initiative législative avant la fin de l’année”, représente une chance pour l’économie des petits boulots. Le secteur espère obtenir une directive européenne plus souple que certains cadres réglementaires nationaux ou décisions judiciaires. Il propose une “troisième voie” exposée mi-février par Uber, dans un livre blanc notamment destiné aux parlementaires européens. Celle-ci repose sur un statut hybride, entre celui de salariés et celui de travailleurs indépendants, capable de réconcilier la nécessité de préserver le modèle économique avec celle de mieux protéger les chauffeurs et livreurs.

Pour aller plus loin:
– En Europe, la menace s’accentue sur l’Uber-économie
– Avant son introduction en Bourse, Deliveroo affiche toujours de lourdes pertes


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