Par , publié le 14 avril 2021

Déjà utilisés pour nourrir des poissons d’élevage et des animaux de compagnie, les vers de farine d’Ÿnsect se rapprochent encore un peu plus de nos assiettes. Trois mois après avoir reçu un premier feu vert de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), la start-up française vient de racheter sa concurrente néerlandaise Protifarm, spécialisée dans l’alimentation humaine. Et dont les larves permettent déjà de fabriquer des hamburgers, des pâtes ou encore des barres protéinées – des produits interdits en France mais autorisés dans plusieurs pays européens.

Scarabée Molitor – Lancée il y a dix ans, Ÿnsect élève des larves de scarabée Molitor dans des fermes verticales – c’est-à-dire dans des bacs entreposés les uns au-dessus des autres. Celles-ci sont ensuite transformées en poudre ou en huile. Si la consommation par l’homme de ce vers est désormais autorisée dans toute l’Europe, ce n’est pas encore le cas pour ses produits dérivés. Mais la société a déposé un dossier auprès de l’EFSA, et anticipe déjà un verdict positif. De son côté, Protifarm se concentre sur un autre type de scarabée, le Buffalo, qui est censé être mieux adapté à l’alimentation humaine. Il n’a cependant pas encore été approuvé par les autorités européennes.

Sportifs et personnes âgées – Avec le rachat de son rival, Ÿnsect va pouvoir tester dès aujourd’hui le marché. La société va d’abord tenter de séduire les sportifs, soucieux de la qualité nutritionnelle de leur repas, et les personnes âgées prenant des compléments alimentaires protéinés. Elle vise notamment les Etats-Unis, ce qui explique la présence d’investisseurs américains lors de sa dernière levée de fonds. Au-delà des aspects réglementaires, son principal défi sera de convaincre les consommateurs. Il faudra faire “beaucoup de pédagogie en expliquant à quel point les protéines d’insectes que nous produisons sont bonnes pour la santé”, reconnaît Antoine Hubert, son patron.

Usines – Ÿnsect a déjà signé un premier contrat, d’un montant de trois millions d’euros, avec un spécialiste français de la nutrition. Aux Etats-Unis, la société a lancé des démarches auprès des autorités sanitaires. Elle espère que l’alimentation humaine représentera entre 5% et 10% de son activité, qu’elle prédit à 500 millions d’euros dans cinq ans. Ÿnsect exploite déjà un site dans le Jura. Et doit ouvrir, début 2022, une usine près d’Amiens, qui pourra initialement produire jusqu’à 100.000 tonnes par an. Le rachat de Protifarm lui permet de mettre la main sur un troisième site, situé aux Pays-Bas. Ses dirigeants ambitionnent ensuite de s’implanter en Amérique du Nord et en Asie.

Pour aller plus loin:
– Avec Infarm, les fermes verticales s’invitent au supermarché
– Avec Mosa Meat, la viande de synthèse se rapproche de nos assiettes


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