Par , publié le 14 juin 2021

La situation était devenue intenable pour Steve Burns, le fondateur et directeur général de Lordstown. Lundi, le fabricant américain de voitures électriques a annoncé le départ avec effet immédiat de son patron, poussé vers la sortie en compagnie du directeur financier. Tous deux sont accusés d’avoir artificiellement gonflé le nombre de précommandes. La semaine dernière, la société avait par ailleurs reconnu qu’elle n’avait pas suffisamment de liquidités pour lancer la production de son premier modèle. Et elle avait prévenu qu’elle pourrait mettre la clé sous la porte, sans le soutien de nouveaux actionnaires.

Investissement de GM – Fondé en 2018, Lordstown promettait de commercialiser dès cet automne un pick-up électrique, baptisé Endurance, devançant ainsi le lancement du Cybertruck de Tesla. Pour le produire, la jeune entreprise a racheté une ancienne usine de General Motors dans l’Ohio. Elle assurait pouvoir rapidement atteindre une cadence de 60.000 véhicules par an. Et elle promettait également de lancer un deuxième modèle, un van, en 2022. Après avoir obtenu un investissement de GM, Lordstown s’est introduit fin 2020 en Bourse grâce à une SPAC (société d’acquisition à vocation spécifique, la dernière mode à Wall Street). En février, sa capitalisation boursière dépassait les 5 milliards de dollars. Elle a depuis été divisée par trois.

Aucune commande ferme – Les belles promesses de Lordstown ont d’abord été remises en cause par Hindenburg Research, un short seller qui parie sur la chute d’une action pour engranger des gains. Dans un rapport publié mi-mars, le fonds remettait en cause la réalité des 100.000 précommandes annoncées par le constructeur. Et de lister plusieurs exemples de petites sociétés ayant passé des centaines de commandes… sans obligation d’achat. Des accusations désormais confirmées par la société, qui reconnaît n’avoir enregistré aucune commande ferme. Elle réfute cependant les autres allégations d’Hindenburg Research, qui assurait notamment que la production ne pourrait pas débuter avant trois ans.

Trouver des investisseurs – Selon le constructeur, ses difficultés ne sont pas technologiques mais financières, car les investissements nécessaires au lancement de la production ont été sous-estimés. En se séparant de ses deux principaux dirigeants, il espère se donner une chance de trouver de nouveaux investisseurs. La tâche ne sera cependant pas aisée, alors que l’euphorie autour des nouveaux constructeurs de voitures électriques est fortement retombée. Comme Lordstown, le fabricant américain Nikola et le chinois Kandi sont accusés de fraude. Après avoir parié sans aucune hésitation sur ces start-up n’ayant pas encore produit le moindre véhicule, les marchés semblent avoir retenu la leçon.

Pour aller plus loin:
– Un troisième fabricant de voitures électriques accusé de fraude
– General Motors laisse les camions à hydrogène de Nikola sur le bas-côté


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