La mésaventure d’Instacart, un avertissement pour les start-up ?

Par , publié le 30 mars 2022

C’est une initiative peu courante qui pourrait bien servir d’avertissement pour les start-up. La semaine dernière, Instacart a décidé d’abaisser volontairement sa valorisation, la ramenant à 24 milliards de dollars (22 milliards d’euros). C’est près de 40% de moins que lors de sa dernière levée de fonds, menée il y a un peu plus d’un an, en pleine période d’euphorie des investisseurs autour du secteur technologique. La plateforme de livraison de courses justifie son choix par les “turbulences” traversées depuis plusieurs mois par les marchés boursiers, touchant en particulier les entreprises tech récemment entrées en Bourse avec des capitalisations très élevées.

20 fois le chiffre d’affaires – Pionnier de la livraison de courses aux Etats-Unis, Instacart contrôle plus de la moitié du marché. La société a profité de la crise sanitaire, qui a modifié les habitudes des consommateurs. En moins d’un an, sa valorisation avait été multipliée par trois, pour atteindre 39 milliards de dollars. Cela représente plus de 20 fois le chiffre d’affaires réalisé en 2021, un niveau important. La plateforme enregistre depuis un ralentissement de sa croissance – “seulement” 20% en 2021. Et elle doit faire face à l’arrivée des services de livraison ultrarapide, qui se développent rapidement dans les grandes villes américaines, à grand renfort d’importantes dépenses marketing et promotions.

Valorisation en baisse ? – Instacart n’est pas un cas isolé. Depuis un an et demi, de nombreuses start-up ont vu leur valeur s’envoler très fortement, sans que cela ne traduise forcément un bond équivalent de leur activité ou de leurs perspectives. La forte chute des actions technologiques depuis novembre et le changement de politique monétaire de la Réserve fédérale rendent une partie de ces valorisations encore plus injustifiées. C’est pour cette raison que les introductions en Bourse se font de plus en plus rares. Pour continuer d’investir dans les sociétés les plus matures, les plus proches d’une entrée en Bourse, les fonds d’investissement pourraient ainsi réclamer des valorisations en baisse.

Rétention des salariés – Avec un milliard de dollars dans ses caisses, Instacart n’était pas dans ce cas de figure. De fait, sa décision n’a pas été imposée par un investisseur lors d’une levée de fonds. Mais elle s’explique par des objectifs de recrutement et de rétention des salariés. La société américaine offre en effet une partie de sa rémunération en actions: plus la valeur de chaque titre est élevée, voire survalorisée, et moins le potentiel de gain est important pour les employés. Sur un marché de l’emploi très compétitif, d’autres sociétés pourraient ainsi être contraintes de suivre l’exemple d’Instacart pour continuer d’attirer des talents et pour les conserver.

Pour aller plus loin:
– Instacart se lance dans la livraison ultrarapide
– La spectaculaire dégringolade boursière des valeurs tech

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