Accusé de position dominante dans le cloud, Microsoft promet des concessions

Par , publié le 18 mai 2022

Accusé de concurrence déloyale sur le marché du cloud computing, Microsoft promet des changements en Europe. “Certains reproches sont valides”, a reconnu mercredi Brad Smith, son responsable des affaires juridiques, dans un discours prononcé à Bruxelles. Le géant de Redmond s’engage notamment à faciliter l’utilisation de ses services sur d’autres offres de cloud et à offrir une plus grande flexibilité sur les licences d’utilisation. Il souhaite ainsi prendre les devants après l’ouverture en avril d’une procédure par la Commission européenne, saisie par plusieurs groupes européens, dont le français OVHcloud. “On attend désormais du concret”, réagit un acteur du secteur.

Vente liée – Microsoft occupe une position unique sur le marché en forte croissance du cloud. La société américaine possède en effet toute une gamme d’outils massivement utilisés par les entreprises. Ses concurrents, aussi bien européens qu’américains, lui reprochent de se servir de cette position de force pour doper les ventes d’Azure, son offre de cloud. Cela passerait par des tarifs beaucoup plus élevés pour faire tourner sa suite bureautique Office ou son système d’exploitation pour serveur Windows Server sur les plateformes rivales. Et aussi par des barrières technologiques ne permettant de bénéficier d’une expérience optimale. Ou encore par de la vente liée, offrant aux utilisateurs d’Azure des prix inférieurs sur Office et d’autres services.

Encore des problèmes – Ces pratiques sont au cœur de la plainte déposée cet été par les acteurs européens – et désormais de la procédure de Bruxelles. Après les premières révélations dans la presse, Microsoft avait rapidement choisi de reconnaître une partie de ses torts. Une partie seulement: dans ses promesses, le créateur de Windows n’évoque pas plusieurs procédés controversés. Il ne s’est pas engagé à proposer un prix unique pour les licences de ses outils, qu’ils soient hébergés sur Azure ou ailleurs. Il n’a pas non plus promis de mettre un terme à la vente liée. “La Commission doit poursuivre son enquête pour protéger les consommateurs européens”, avertit ainsi Francisco Mingorance, le secrétaire général du CISPE, un lobby regroupant notamment OVH et Amazon Web Services, le leader du marché.

Petits acteurs – En adoptant une approche proactive, Microsoft espère peut-être éviter une condamnation par Bruxelles à une lourde amende. Le groupe peut aussi se permettre d’accorder quelques concessions à ses rivaux européens, qui restent de petits acteurs qui ne menacent pas vraiment ses positions. En cinq ans, leur part de marché sur le continent est tombée de 27% à seulement 16%, selon les estimations du cabinet spécialisé Synergy. Et ils sont quasiment inexistants ailleurs. Ses véritables compétiteurs ne sont pas européens: il s’agit d’Amazon, Google et Alibaba, avec lesquels ils se partagent 70% du marché mondial. D’ailleurs, les changements annoncés mercredi ne s’appliqueront pas à ces entreprises.

Pour aller plus loin:
– OVH peut-il vraiment rivaliser avec les géants américains ?
– Comment Microsoft passe sous le radar des autorités de la concurrence

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