Ne l’appelez plus Kuiper, mais Leo. Le projet d’Internet par satellites d’Amazon change de nom, en référence à “low-Earth orbit” (l’orbite terrestre basse). Surtout, il se rapproche du lancement. Lundi, le géant du commerce en ligne a annoncé une phase de tests avec plusieurs entreprises, principalement américaines, dont la compagnie aérienne JetBlue. Les débuts commerciaux sont espérés l’an prochain, à condition toutefois d’accélérer la cadence de production et de déploiement des satellites.
Il aura fallu six ans à Amazon pour mettre en orbite les premiers minisatellites de son ambitieux projet. Depuis mai, le groupe a déployé 153 appareils de sa future constellation, qui vise à fournir un accès à Internet à très haut débit. Et donc à rivaliser avec l’offre Starlink de SpaceX, opérationnelle depuis 2021 et qui compte déjà plus de six millions d’abonnés dans le monde. Ce total doit être porté à 180 en décembre, très loin encore de la flotte de 578 satellites nécessaire pour le lancement commercial.
Régions reculées
Dans un premier temps, Amazon prévoit de déployer un peu plus de 3.200 satellites sur une orbite basse, à 600 kilomètres de la Terre – contre 36.000 kilomètres pour les traditionnels satellites géostationnaires. Selon sa convention avec la FCC, le régulateur américain des télécoms, l’entreprise doit en lancer la moitié avant juillet 2026, même si un délai supplémentaire reste possible, puis l’intégralité avant 2029. Ensuite, elle espère ajouter 4.500 appareils supplémentaires.
Officiellement, cette constellation de satellites doit permettre de connecter à Internet haut débit les régions qui ne le sont pas encore, notamment celles qui sont trop isolées pour rentabiliser la construction d’une infrastructure terrestre. Selon Amazon, cela concernerait des milliards de personnes et des millions d’entreprises et administrations. Mais Leo pourrait également, à l’instar de Starlink, venir concurrencer la fibre optique dans les zones déjà couvertes.
Nombreux retards
Le projet Leo a accumulé les retards. Les premiers satellites expérimentaux n’ont été lancés que fin 2023, un an après la date initialement prévue. À l’époque, Amazon annonçait vouloir déployer les premiers appareils opérationnels l’année suivante, un calendrier qui n’a pas été tenu. Le groupe de Seattle ne manque pourtant pas de moyens: au départ, il prévoyait de dépenser “au moins” dix milliards de dollars dans le programme. À terme, la facture pourrait même être deux fois plus élevée, prédit le cabinet Quilty Space.
Les difficultés d’Amazon ont d’abord été industrielles, notamment parce que ses dirigeants ont choisi de ne pas sous-traiter la production. Au printemps, son usine ne fabriquait qu’environ un satellite par jour, cinq fois moins que le rythme de production espéré, expliquait Bloomberg. Aujourd’hui, le groupe exploite “l’une des lignes de production les plus importantes au monde”, assure Rajeev Badyal, le responsable technologique du projet. Selon lui, ses satellites “font partie des plus avancés jamais fabriqués”.
86 lancements prévus
Autre handicap: contrairement à SpaceX, Amazon ne dispose pas de ses propres lanceurs pour déployer ses satellites. En 2022, la société a signé un contrat record portant sur 83 missions auprès de Blue Origin, le groupe spatial de Jeff Bezos, son fondateur et ex-patron, ainsi que de l’européen Arianespace et d’United Launch Alliance, coentreprise entre Boeing et Lockheed Martin. Non seulement elle ne maîtrise pas le calendrier des lancements, mais elle est aussi dépendante des avancées technologiques de ses partenaires.
Trois des quatre lanceurs devant transporter les satellites du projet Leo – Ariane 6, New Glenn de Blue Origin et Vulcan d’ULA – n’ont effectué que quelques vols. Pour des raisons à la fois symboliques et stratégiques, Amazon avait initialement choisi de ne pas recourir à SpaceX, qui dispose des plus grandes capacités, avant de revenir sur sa décision à la suite d’une plainte d’actionnaires. Elle n’a toutefois réservé que trois lancements, tous déjà réalisés. Une décision qui pourrait entraîner des délais supplémentaires et des surcoûts.
Pour aller plus loin:
– SpaceX va investir jusqu’à 30 milliards de dollars pour son projet Starlink
– Comment OneWeb espère contrer les satellites de SpaceX

