Par , publié le 28 mars 2021

C’est par la petite porte que WeWork va finalement faire son entrée à Wall Street. Un an et demi après une première tentative ratée, le spécialiste de la location de bureaux va s’introduire en Bourse par l’intermédiaire d’une SPAC (société d’acquisition à vocation spécifique, la dernière mode à Wall Street). Très loin des rêves de grandeur d’Adam Neumann, son fondateur poussé vers la sortie, la société est valorisée à 9 milliards de dollars. C’est cinq fois moins que sa valorisation de 47 milliards touchée lors d’une levée de fonds début 2019. Cette opération va cependant lui permettre de récupérer 1,3 milliard de dollars, lui donnant un peu plus de temps pour devenir rentable.

Doutes sur le modèle économique – Fondée en 2010, WeWork a connu une ascension fulgurante. En dix ans, l’entreprise a ouvert plus de 800 espaces de coworking, un mode de travail plébiscité par les travailleurs indépendants et les start-up. Pour se développer, elle a dépensé sans compter grâce à la confiance aveugle que lui accordaient ses investisseurs. Et en particulier Masayoshi Son, le patron de Softbank, qui a investi plus de dix milliards de dollars. Pourtant, le modèle économique de WeWork a toujours suscité des doutes. Celui-ci repose sur la signature de baux de longue durée, alors que ses clients ne s’engagent que sur du court terme. Cela la rend vulnérable à un retournement économique.

Licenciements massifs – Le nouveau WeWork s’est converti à l’austérité pour tenter de préserver ses liquidités. Une cure brutale: en moins d’un an, plus de la moitié des salariés ont été licenciés. Le groupe coupe les coûts un peu partout, ralentit le rythme d’ouverture de nouveaux bureaux et tente de renégocier certains de ses baux à la baisse. Les projets annexes, comme WeLive (coliving) et WeGrow (école pour enfants), sont menacés ou ont déjà pris fin. La société a également cédé à prix cassé la majorité du capital de sa filiale chinoise. Malgré toutes ces économies, WeWork reste encore largement déficitaire, avec une perte nette de 3,2 milliards de dollars en 2020.

L’après-Covid – L’entreprise n’a pas été aidée par la crise sanitaire, qui a fait chuter le taux d’occupation de ses nombreux immeubles. Celui-ci est même tombé sous la barre des 50% fin 2020. Le chiffre d’affaires et le nombre de membres ont, eux aussi, reculé. Ses dirigeants restent cependant confiants, assurant que la demande va exploser. Ils estiment ainsi que le taux d’occupation devrait atteindre 90% d’ici à la fin de l’année prochaine. “Les employés de Facebook, Google ou Amazon peuvent travailler d’où ils veulent. Beaucoup d’entre eux viennent chez nous”, assurait l’an passé un responsable. Une fois la crise du coronavirus passée, WeWork se voit donc en grand gagnant de la montée du travail à distance.

Pour aller plus loin:
WeWork espère rebondir grâce au coronavirus
– Après le fiasco WeWork, Softbank tente un pari risqué en Bourse


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