Par , publié le 6 janvier 2023

La dégringolade est encore plus spectaculaire que celle du financement des start-up. L’an passé, les sociétés technologiques n’ont réussi à lever que 35 milliards de dollars par l’intermédiaire d’introductions en Bourse (IPO), selon le rapport annuel publié par Ernst & Young. Très loin des 149 milliards récoltés en 2021, année de tous les records. Et sans la Chine, qui a beaucoup mieux résisté, le repli est encore plus brutal: de 117,5 milliards à seulement 8,8 milliards. Comme souvent, les Etats-Unis affichent le retournement le plus marqué. L’an passé, une seule l’IPO, celle de Mobileye, a permis de récupérer plus de 100 millions de dollars. En 2021, six groupes technologiques avaient levé plus… d’un milliard.

Plongeon boursier – Ces mauvais chiffres découlent du sévère retournement des marchés boursiers, précipité en partie par le resserrement des politiques monétaires pour lutter contre l’inflation. Les investisseurs ont particulièrement sanctionné les innombrables sociétés technologiques, le plus souvent pas encore rentables, qui sont entrées en Bourse après la crise sanitaire à des niveaux de valorisation extrêmement élevés. 91% des licornes introduites depuis 2021 évoluent ainsi sous leur cours d’introduction, note Ernst & Young. Dans ces conditions, il devient très difficile pour une start-up de mener une IPO d’envergure, sans risquer un net plongeon de sa valorisation. Beaucoup de candidats ont donc préféré attendre des jours meilleurs, quitte à s’endetter.

La fin des SPAC – L’année 2022 a également été marquée par l’effondrement des SPAC, des véhicules d’investissement qui permettent d’accéder plus facilement et plus rapidement aux marchés. Nés il y a une trentaine d’années, ils sont revenus à la mode il y a deux ans. Elles ont ouvert la porte de la Bourse à des centaines de start-up, qui n’auraient peut-être pas pu mener une IPO traditionnelle, notamment en raison de pertes trop élevées et de doutes sur leur capacité à devenir rentables. Sans surprise, leurs actions ont plongé: -98% pour Cazoo, -97% pour Bird, -92% pour Affirm, -82% pour WeWork… L’an passé, le nombre de SPAC a chuté. Et de nombreux investisseurs ne souhaitent plus mener les opérations qui étaient prévues, à l’image de Truth Social, le réseau social de Donald Trump.

Et en 2023 ? – Après une année quasiment blanche, de nombreuses sociétés demeurent dans le “pipeline”. Mais la fenêtre pour une IPO ne devrait pas s’ouvrir avant plusieurs mois.“Des conditions plus favorables pourraient permettre un regain d’activité au deuxième semestre”, anticipe ainsi Paul Go, d’Ernst & Young. Pour entrer en Bourse, les sociétés technologiques devront probablement accepter d’abaisser leur valorisation. Et elles ne pourront plus se contenter de belles promesses et de projections de croissance. “Les investisseurs vont privilégier les fondamentaux, comme la rentabilité et les flux de trésorerie”, poursuit Paul Go. Cela signifie que l’accès facile aux marchés s’est refermé, au moins temporairement. Ce qui posera la question des exits pour de nombreuses start-up.

Pour aller plus loin:
– La spectaculaire dégringolade boursière des valeurs tech
– 66 milliards évaporés: la chute vertigineuse du fonds de Softbank


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