Par , publié le 16 janvier 2023

Dix-huit mois après, Didi Chuxing se rapproche d’un retour à la normale. Lundi, la plateforme chinoise de voitures avec chauffeur a pu relancer les inscriptions, qui avaient été suspendues par les autorités en juillet 2021. Et ses applications mobiles devraient bientôt réintégrer les boutiques, desquelles elles avaient disparu à la même date. Ces deux nouvelles illustrent un changement majeur d’attitude de Pékin envers ses géants du numérique, fortement ciblés depuis un peu plus de deux ans. La semaine dernière, le régime a aussi annoncé que 14 sociétés technologiques avaient terminé leur processus de “rectification”. Parmi elles, Ant Group, la maison mère du système de paiement Alipay, qui vient d’être autorisée à mener une augmentation de capital.

IPO sur le Nasdaq – Ant est d’ailleurs à l’origine du tour de vis de Pékin. Fin 2020, quelques jours avant son introduction en Bourse, son patron Jack Ma avait violemment critiqué le secteur bancaire chinois. Dans la foulée, l’opération avait été suspendue par les autorités. Depuis, la filiale d’Alibaba a dû se restructurer, notamment en nichant ses lucratives activités de prêts dans une nouvelle entité, qu’elle ne détient qu’à hauteur de 50%. Didi s’était, lui, attiré les foudres du gouvernement chinois en entrant sur le Nasdaq. Immédiatement après, ses applications avaient été retirées des boutiques, officiellement pour ne pas avoir respecté la législation sur les données personnelles. L’an passé, la plateforme a écopé d’une amende supérieure à un milliard d’euros. Et elle a dû quitter le Nasdaq.

Nouvelles règles – Pendant longtemps, les sociétés tech avaient pourtant profité d’une attitude laxiste, voire bienveillante, de Pékin. Cela a favorisé l’émergence de géants aux méthodes très agressives. Le revirement a été radical. Depuis deux ans, les autorités ont multiplié les amendes, dont plus de 2 milliards d’euros à Alibaba, et les initiatives pour réguler le secteur. Elles ont imposé des règles pour interdire certaines pratiques anticoncurrentielles, comme les clauses d’exclusivité ou la vente à perte. Elles ont aussi obligé Alibaba et Tencent à ouvrir les portes de leur écosystème. Les services de livraison de courses ont dû réduire leurs commissions. Et les start-up spécialisées dans les cours en ligne n’ont plus le droit de réaliser des profits.

Plans sociaux – L’offensive a été particulièrement brutale pour les sociétés tech. Pour apaiser Pékin, elles ont dû s’engager à favoriser la “prospérité commune”. Et plusieurs grands patrons ont aussi décidé de prendre du recul. Surtout, les plans sociaux se sont multipliés, en particulier dans les secteurs les plus touchés comme l’éducation en ligne et la livraison de courses. Même les géants ont dû tailler dans leurs effectifs. Didi a licencié environ 3.000 salariés. Alibaba a supprimé plus de 15.000 emplois. Et Tencent plus de 7.000. Face aux difficultés économiques, le gouvernement vient de changer de stratégie. Il a pris de petites participations dans Alibaba, Tencent ou encore ByteDance. Ce qui va lui permettre de peser sur certaines décisions importantes.

Pour aller plus loin:
– En conflit avec Pékin, Jack Ma abandonne le contrôle d’Ant Group
– Didi dans le collimateur du gendarme boursier américain


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