Par , publié le 10 janvier 2023

C’est peut-être la dernière étape de la “rectification” exigée par Pékin. Dans le collimateur du régime chinois depuis deux ans, Jack Ma va abandonner le contrôle d’Ant Group, la maison mère de la très populaire plateforme de paiement en ligne Alipay. Le milliardaire, fondateur d’Alibaba et ancienne première fortune du pays, ne conservera que 6,2% des droits de vote, selon des documents publiés en fin de semaine dernière. Il en contrôlait jusqu’à présent plus de la moitié, par l’intermédiaire d’une structure capitalistique complexe. Les droits de vote qu’il va abandonner vont être distribués à neuf autres responsables, qui pèseront chacun entre 4,4% et 6,2%. “Plus personne n’aura le pouvoir de décider seul”, souligne ainsi la société chinoise.

IPO bloquée – Ce changement de gouvernance intervient un peu plus de deux ans après la suspension de l’introduction en Bourse d’Ant. Celle-ci aurait dû lui permettre de devenir l’institution financière la mieux valorisée au monde, devant les géants des cartes de paiement Visa et Mastercard. Mais l’opération avait été bloquée à la dernière minute par les autorités chinoises, officiellement en raison d’un renforcement de la réglementation, imposant des exigences accrues de fonds propres sur les prêts accordés aux particuliers et aux petites entreprises. En réalité, le groupe aurait surtout payé un discours polémique prononcé quelques jours plus tôt par Jack Ma, dans lequel il s’était violemment attaqué au système bancaire chinois.

Amende historique – Cet épisode a déclenché une offensive de Pékin contre la domination des géants du numérique, contraints à modifier plusieurs pratiques anticoncurrentielles. Alibaba n’a pas été épargné: au printemps 2021, le gendarme antitrust chinois lui a infligé une amende historique de 18,2 milliards de yuans (2,5 milliards d’euros). Quelques mois plus tard, le géant du commerce en ligne a dû ouvrir les portes de son écosystème, jusqu’ici fermées à la concurrence. Cela se traduit notamment par la possibilité de régler des achats avec WeChat Pay, le grand rival d’Alipay. Pendant ce temps, Jack Ma a choisi de faire profil bas, limitant ses apparitions publiques. Selon le Financial Times, il aurait même quitté le pays pour s’installer à Tokyo.

Restructuration – De son côté, Ant Group pourrait bientôt être sanctionné d’une amende supérieure à un milliard de dollars, affirme l’agence Reuters. À la demande de Pékin, la société a dû se restructurer. Elle a notamment niché ses activités de prêts dans une nouvelle filiale, qu’elle ne détient qu’à hauteur de 50% et qui compte une entreprise publique comme deuxième actionnaire. La semaine dernière, celle-ci a reçu le feu vert des autorités pour procéder à une augmentation de capital d’un montant de 1,5 milliard de dollars, qui va lui permettre d’augmenter son volume de prêts. L’an passé, Ant a également déposé un dossier pour obtenir une licence bancaire. Avec le départ de Jack Ma, la voie semble désormais ouverte pour une nouvelle introduction en Bourse.

Pour aller plus loin:
– Trois mois après, Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, refait surface
– Plombé par le Covid, Alibaba reste en panne de croissance


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